LES COMPAGNONS DE JÉSUS

1 R 5, 9-14 ; Mc 3, 13-19

(3 février 2004)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, nous lisons donc aujourd'hui dans l'évangile, le récit de l'institution des douze selon saint Marc. Nous trouvons des textes parallèles dans les autres synoptiques et au début des Actes des apôtres. Mais chacune de ces listes des douze est un peu différente et présente quel­ques particularités.

Chez saint Marc, nous remarquons d'abord qu'au lieu de mettre à côté de Pierre son frère André, comme font les autres listes des douze, Marc ajoute à Pierre immédiatement : Jacques fils de Zébédée et Jean son frère. C'est-à-dire qu'il met ensemble les trois apôtres qui parmi les douze jouent un rôle parti­culier et que Jésus a choisi de prendre avec lui au moment de la transfiguration, au moment de la résur­rection de la fille de Jaïre, et aussi au moment de son agonie à Gethsémani. Ce sont, à l'intérieur du collège des apôtres, les intimes plus particulièrement proches de Jésus. Nous remarquons aussi que saint Marc fait état du surnom donné à Simon qui est devenu Pierre, et il est aussi le seul à nous donner le surnom donné par Jésus à Jacques et Jean, les fils de Zébédée, qu'il a appelé Boanergès, fils du tonnerre, ce qui ne corres­pond pas tout à fait à l'idée que nous nous faisons en particulier de saint Jean, l'apôtre de l'amour, l'intime de Jésus, apparemment, saint Jean et saint Jacques étaient aussi des hommes violents, des hommes en­tiers et pleins d'une sorte d'ardeur et de vivacité. D'ailleurs, un passage de l'évangile nous les montre au moment où Jésus se rend de Galilée vers Jérusalem en traversant la Samarie, et qu'une bourgade où ils ont voulu s'arrêter a refusé de les recevoir précisément parce qu'ils allaient en Judée, les samaritains étant en mauvais rapport avec les juifs proprement dit, et Jac­ques et Jean demandent à Jésus : "Veux-tu que nous priions pour que le feu du ciel tombe sur ce village ?" C'étaient bien les fils du tonnerre, donc. Et Jésus les rabroue à cause de leur violence.

Autre particularité de cette liste. Puisque An­dré n'a pas été placé aux côtés de son frère Pierre, il se retrouve aux côtés de Philippe. Effectivement, ces deux apôtres (je ne sais pas s'ils étaient plus particu­lièrement amis), en tout cas, nous les rencontrons à plusieurs reprises ensemble dans l'évangile. Par exemple au moment de la multiplication des pains, Jésus demande à Philippe comment faire pour nourrir toute cette foule, et Philippe va trouver André. C'est André qui découvre un jeune homme qui apporte cinq pains et deux poissons qui serviront à la multiplica­tion des pains pour nourrir toute la foule. De même on retrouve André et Philippe ensemble quand, à la veille de la Passion, des grecs veulent voir Jésus, ils s'adres­sent à Philippe dont le nom est grec, il savait sans doute parler le grec, et Philippe va trouver André. Ensemble ils vont trouver Jésus et c'est là que Jésus dira : "Si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul".

Enfin, toujours dans cette liste de saint Marc, il nomme Thaddée que d'autres nomment Jude, un des douze sur lequel nous n'avons pas beaucoup de ren­seignements précis. Enfin, voilà deux noms différents, Thaddée et Jude pour le même apôtre.

Non seulement il y a ainsi des particularités dans la liste des apôtres, mais je remarque qu'au mo­ment de les instituer, Jésus les choisit, bien entendu, pour prêcher le Royaume et pour chasser les démons, pour affirmer la victoire du Christ sur les puissances du mal. Mais avant de leur donner ces missions parti­culières, qui pour nous résument la vocation apostoli­que, il est noté d'abord qu'Il les institua pour être ses compagnons. Donc les apôtres ne sont pas simple­ment chargés d'une mission, ils sont d'abord les plus proches de Jésus. C'est dans ce compagnonnage avec Jésus, cette plus grande proximité, cette intimité, que s'enracine leur mission. Ce ne sont pas simplement des gens qui doivent remplir une certaine fonction dans l'Église naissante, mais ils sont d'abord en quel­que sorte, ceux que Jésus a choisi pour être plus pro­ches de Lui. Cela nous invite à comprendre que même si les successeurs dees apôtres, les évêques, sont d'abord chargés d'une mission, celle de l'annonce de la foi, la prédication de l'évangile, et celle de la lutte contre le mal, ces évêques, comme les apôtres dont ils sont les successeurs, doivent être les proches du Christ Seigneur pour enraciner leur fonction et leur vocation dans une relation plus personnelle avec Jé­sus.

Nous prierons donc en ce jour pour le succes­seurs des apôtres, ces évêques, qui sont à la tête de chacune de nos Églises, pour qu'ils puisent dans la prière et la proximité avec le Seigneur Jésus, la force d'annoncer l'évangile et d'affermir la victoire de l'évangile sur le mal.

 

 

AMEN