TRANSFIGURATION, ANNONCE DE LA RÉSURRECTION

2 S 19, 41-44 ; Mc 9, 2-13

(17 février 2003)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

T

rès beau passage de l'évangile que celui de la transfiguration, si aimé et apprécié dans l'Église qu'il fait l'objet de notre méditation pour le deuxième dimanche de carême chaque année, comme d'ailleurs d'une fête particulière le six août.

C'est un événement très riche de type théo­phanique, lorsque Dieu se manifeste. Là Dieu se ma­nifeste pleinement, le Fils est bien celui qui est en­voyé de Dieu, Il est Dieu lui-même, Il est le Bien-Aimé, "écoutez-le" dit la voix du Père, tout cela parce que la voix sort de la nuée signe de la présence de l'Esprit saint et de l'amour.

On comprend d'abord comme dans toute théophanie qu'il y a un moment de frayeur et de peur, ce qui est exprimé dans l'évangile lui-même, lorsque Pierre proposant de construire trois tentes, il est sim­plement dit : "Il ne savait pas ce qu'il disait, car il était saisi de frayeur". Cet événement de la transfigu­ration ressemble à ce que l'on appelle en cinéma, un "arrêt sur image". Il y a comme quelque chose de statique, si bien qu'ils sont saisi de frayeur. On le sait par expérience, la peur paralyse. Mais il peut y avoir aussi l'inverse, c'est qu'on veut garder, on veut statu­fier ce que l'on aime. L'idée de saint Pierre pourrait être : "Construisons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Elie", pour rester, pour de­meurer, pour être sûr que plus rien ne bouger. Or, dans le cinéma, premièrement, si le film s'arrêtait à l'arrêt sur image il manquerait quelque chose à l'ac­tion. L'arrêt sur image est là simplement pour mieux faire rebondir l'action qui va suive, pour mieux faire comprendre qu'on est à un tournant, qu'il s'est passé quelque chose et que désormais, le film va prendre une autre tournure. Il en est de même si je puis me permettre cette comparaison, pour la transfiguration. C'est tout à fait autre chose qu'un événement statique. D'abord, et on le voit dans la suite de l'évangile : quand Jésus parle, les apôtres se demandent ce que veut dire "ressusciter d'entre les morts". Effective­ment, sans problème, on a toujours mis en parallèle la transfiguration comme préparant ce que devait être la Résurrection. On le sait, la Résurrection échappe non seulement à l'entendement humains, mais le moment même de la Résurrection échappe à toute vision, à toute constatation. Le moment précis où le Christ ressuscite, c'est comme une autre transfiguration, ja­mais personne ne l'a vu. On constatera que le tombeau est vide, on constatera que cet homme qui apparaît est bien le même que celui que l'on a connu, bien qu'il soit différent, mais le moment précis échappe.

La transfiguration apparaît, d'où la réflexion de Jésus : vous en parlerez une fois que je serai res­suscité des morts, la transfiguration peut faire peut-être saisir ce qui s'est passé au plus secret même de la vie du Christ dans sa passion, dans sa mort, et dans sa Résurrection. Seulement, cet acte-là n'est pas un acte pour s'arrêter, c'et un acte pour avancer. Tant et si bien que les deux témoins autour du Christ, Moïse et Elie, sont ceux-là même aussi qui ont eu certainement la plus grande des théophanies avec le buisson ardent pour Moïse, avec le murmure d'une brise légère pour Elie au Mont Horeb, et c'est cet événement-là qui a constitué un tournant dans leur vie. C'est cet événe­ment-là qui fait que Moïse peut aller chercher le peu­ple en Egypte et le libérer de l'esclavage. C'est ce moment-là qui fait continuer Elie alors qu'il voulait arrêter, qu'il en avait même marre, et que Dieu lui enjoint d'aller oindre Hazaël.

La transfiguration, c'est exactement cela. C'est le moment-clé, le moment-phare qui permet de cris­talliser, me semble-t-il tous ce dont l'action est por­teuse et qui va maintenant pourvoir mettre en route, les apôtres vers la Pâque du Christ, comme leur faire mieux comprendre au moment où cela leur échappera le plus, ce que peut signifier ressusciter des morts.

Cela peut aussi avoir une incidence dans notre vie, car on peut transposer cela à ce qui se passe lors­qu'on parle de contemplation et d'action. On est tou­jours, qu'on le veuille ou non, dans un système telle­ment platonicien, qu'on pense que la contemplation c'est à Dieu et que l'action c'est pour les hommes, et que du coup, on en fait deux mondes imperméables l'un à l'autre. Or, c'est précisément le contraire. Si la transfiguration est un moment de contemplation du mystère, c'est pour mettre en route, c'est pour faire changer les choses, c'est pour bouleverser. C'est pour que désormais, on comprenne ce que cela veut dire que le Fils de l'Homme doit être méprisé et doit être tué, et que le Fils de l'Homme doit être en même temps celui qui est ressuscité.

Si nous faisons de certains événements de notre vie et en particulier de la prière, des moments statiques, ou des moments où nous statufions un petit bonheur que nous nous fabriquons, nous sommes en train d'idolâtrer et non pas de vivre en chrétien. Le chrétiens, c'est celui qui annonce la foi au Christ res­suscité parce qu'il l'a vu, c'est celui qui comprend le mystère de la transfiguration et qui rentre du coup, pleinement dans l'acte de la Résurrection.

Que ces moments-là donc, ne soient pas des arrêts sur image qui arrêtent le film de notre vie, mais bien au contraire, ce qui suscite justement que l'his­toire et l'aventure est en train de changer.

 

 

AMEN