RÉVEILLEZ-VOUS, MARMOTTES !
2 S 18, 31 à 19, 5 ; Mc 6, 30-44
(6 février 2003)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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eaucoup d'entre nous traversent à un moment donné de leur vie un événement source, un événement profond à partir duquel ils se rendent compte, qu'avant, ils dormaient, assoupis dans une espèce de vie dont ils pensaient que c'était çà la vie. Et vient un jour, une rencontre, un événement, une couleur, et ce monde habituel, un peu pauvre, se défait, de sa vacuité et apparaissent les choses dans leur profondeur, comme si la source et la fin permettaient d'irradier et de comprendre ce qu'est vraiment la vie. C'est vrai que nous aurons passé beaucoup de temps dans notre vie à dormir sans savoir d'ailleurs que nous nous étions assoupis. Lorsque nous vivons notre religion comme une sorte de simple contrôle pour que les choses se passent le plus honnêtement possible, non pas que nous ayons tort, mais, c'est une sorte de position de marmotte qui fait qu'il faut que cela dure. Mais la marmotte normalement, attend le printemps, si elle ne l'attend pas, c'est une marmotte morte !
Mais vient un jour, vient un événement, qui n'est pas forcément un événement directement religieux, ce peut-être la rencontre avec un clavier, avec un piano pour certains d'entre nous en tout cas, un moment de musique un peu important, un moment d'artiste, ce peut-être un moment de lecture, la rencontre de quelqu'un, un amour, un visage, un corps, que sais-je encore, qui effectivement imprévu, vient modifier le spectacle et l'horizon habituel. Curieusement, ce clavier, ce bruit, cette montagne, dit autre chose et réveille.
J'entendais encore ce matin quelqu'un qui me disait : "Je ne pouvais pas imaginer que maintenant, je penserais de cette manière-là, il parlait de l'amour, de la rencontre de quelqu'un, il parlait du mariage, d'engagement, de famille et d'enfant ? C'est comme si je m'étais réveillé de ma tombe, je ne savais que j'étais enfermé dans ce tombeau."
Les cinq mille hommes et femmes autour de Jésus, captivés qu'ils étaient de la Parole, prenaient conscience qu'ils n'avaient pas de berger (Il se mit à les instruire), qu'ils étaient vides et qu'ils attendaient un enseignement au point même qu'ils en oublient de manger, le soir va tomber et ce sont les apôtres qui, d'ailleurs curieusement sont ceux qui ont le plus de distance avec l'événement, qui rappellent Jésus à l'ordre de la réalité. Mais cette entrée de la Parole dans les oreilles des hommes et des femmes qui étaient là, les réveillent, au point de leur faire perdre le sens des réalités du jour et de la nuit, du soir et du matin, du repas. Une rencontre qu'on n'espérait et qu'on avait même oublié qu'on l'espérait, et un jour vient, totalement. A ce moment-là, il n'est plus question de contrôle, de morale, de ce que je dois ou ne dois pas faire, ce qui auparavant m'avait peut-être aidé à tenir dans la vie. Il s'agit d'une rencontre, comme une sorte de réconciliation profonde avec soi-même, comme si on trouvait un jour la source, vous savez, comme ces archéologues qui découvrent en fouillant, le début de la construction d'un édifice qui était bien enfoui, ou le début d'une source, et en entendant le bruit de la source, ils se disent : c'est pour cela que je suis vivant, pour entendre ce bruit de la vie.
Il ne s'agit pas de mépriser notre état de dormeurs, parce que cela peut être un état qui peut durer, mais il y a chez ce dormeur, comme on ne dort que d'une oreille ou d'un œil, il faut qu'il y ait une sorte d'attente, de guet, en prenant comme hypothèse de base que tout ce que je suis n'a pas encore été dit et révélé, et à Dieu et à moi-même. Peut-être que cela n'arrivera qu'à la fin, ou juste un petit peu avant la fin, je n'en sais rien, peu importe, mais il y a une sorte d'appétit spirituel, d'appétit de la vie dont on doit penser qu'il n'est pas rassasié, et qui ne peut pas se rassasier comme cela, et qui n'a pas à se contenter. Ces hommes et ces femmes qui ont rencontré la Parole ont été nourri par ces cinq pains et ces deux poissons, après le peu qu'ils avaient, suffisait à nourrir et à compléter cette Parole qui avait été proférée, Parole pleine de sens, pleine de jus. C'est une rencontre. La foi et la religion, c'est une rencontre. Nous sommes là, nous les permanents, les entêtés, nous sommes là chaque jour, parfois trois fois par jour, au nom de tous les hommes, pas uniquement pour nous, nous sommes là comme pour susciter, prier, insister pour que cette rencontre entre chaque homme et Dieu ait lieu. Nous ne pouvons pas démissionner de cette intercession, qui est notre vocation profonde, une vocation passagère, mais si nous sommes là, c'est fondamentalement pour cette intercession, pour la rencontre, pour le réveil. C'est comme ces rôtis qui sont bardés de lard, il y a des gens qui sont tout ficelés, tout bien serrés, on n'a qu'une envie, c'est d'y mettre les ciseaux pour qu'enfin cela se lâche et qu'ils se réconcilient profondément avec quelque chose de plus vivant en eux, plutôt que se tenir à l'étroit, de toute façon, ils vont finir au four comme les autres.
Prions les uns pour les autres pour que notre éveil, le souci de nous éveiller ne soit pas simplement d'être conformes, ou de répondre à des règles, mais que l'homme trouvant Dieu, trouve cette pleine humanité que Dieu aime, qu'Il veut vivifier, pour qu'elle soit divinisée, il faut qu'elle soit pleine de cette humanité pour recevoir en plénitude la divinité que Dieu nous offre sans arrêt.
AMEN