UN TRAVAIL DE MÉMOIRE
2 S 18, 9-17 ; Mc 5, 1-20
(3 février 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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ne phrase me vient en mémoire : "Dieu a créé l'homme pour que l'homme raconte des histoires à Dieu". Par rapport au texte qui nous est proposé aujourd'hui dans l'évangile, je dirais volontiers que Dieu a créé l'homme, pour que l'homme raconte des histoires au sujet de Dieu aux autres hommes.
Ce qui me frappe dans ce texte, ce n'est pas tellement ce troupeau de porcs qui se jette dans la mer, (quel gâchis !) mais c'est plutôt le fait que cet homme guéri ait envie de suivre le Christ, de faire partie d'un autre troupeau, et le Christ refuse. A la fin de cet évangile, il y a deux catégories de personnes, celles qui seront loin du Christ parce qu'ils l'ont demandé, ils ont dit : "Va-t-en, quitte notre contrée", et les autres qui ont quitté le Christ non pas parce qu'ils le voulaient, mais parce que le Christ leur a demandé de partir. Cela peut sembler une punition, quand on est guéri par quelqu'un, que l'on vit un événement aussi important, aussi extraordinaire, un véritable chamboulement dans sa vie, de ce que la personne qui a chamboulé notre vie nous réponde : maintenant, va-t-en, ce que je te demande ce n'est pas de me suivre, ce n'est pas d'être avec moi maintenant là, mais d'aller ailleurs annoncer ce que je t'ai fait. Je crois que c'est cela que Dieu nous demande, c'est de prendre cette espèce de distance vis-à-vis de Lui, pour que nous annoncions aux autres ce que nous avons vécu.
On dit aussi que les gens heureux n'ont pas d'histoire ! Ces pauvres géraséniens ne se rendent pas compte qu'en expulsant Jésus de leur contrée, ils se privent de la possibilité de raconter des histoires de Dieu à leurs amis, et aux autres habitants de la région. Alors, la possibilité de raconter des histoires est réservée à ceux à qui il est arrivé quelque chose.
Il arrive dans notre vie, qu'il y ait une sorte d'usure dans notre relation à Dieu, dans les événements. On peut penser que Dieu n'est plus là, qu'il n'est plus à côté de nous, qu'on n'a plus rien à dire ni à vivre, comme si la mémoire de ce qui s'est passé avant s'était éteinte et plus rien n'existe dans la vie. Ce que Jésus demande à cet homme, c'est de garder d'une manière vivante et intacte, cet événement. Et la meilleure manière de garder cet événement en mémoire, c'est de l'envoyer loin de Lui, peut-être pour l'empêcher de se préoccuper davantage de Jésus que de ce qui lui est arrivé, et aussi pour que loin de Jésus, il soit comme forcé de cultiver ce lien avec le Christ qu'il n'a rencontré que quelques brefs instants.
Nous avons aussi à faire ce travail de mémoire, dans la façon dont Dieu travaille dans nos vies, et de garder dans toute sa fraîcheur et sa vivacité, cette relation à cet événement que nous avons vécu, et ce, en l'annonçant aux autres. C'est le travail d'une manière constante de l'écrivain biblique. Pour revenir aux épisodes de la vie de David, (épisodes qui manquent un peu de moralité), nous ne savons pas toujours pourquoi nous lisons ces histoires de batailles, ou de gens qui se retrouvent le cou coincé dans un chêne, et que l'on tue vivement et joyeusement, mais la qualité du roi David n'est pas tellement dans sa moralité, mais d'avoir toujours su cultiver la présence de Dieu sans sa vie. David, et les psalmistes sont ceux qui d'une manière constante, font ce travail que Jésus a demandé à cet homme, qui est de raconter aux autres.
Frères et sœurs, nos vies sont beaucoup plus remplies qu'on ne le croit, nos vies ont beaucoup plus intéressantes qu'on ne le croit, il nous suffit d'accepter, d'entendre le Christ nous demander une certaine distance avec Lui, pour nous replonger dans ce que nous vivons, afin d'annoncer aux autres qui nous entourent, toutes les merveilles que Dieu nous donne.
AMEN