LA PARABOLE, CHEMIN DE LIBRE CHOIX
2 S 15, 30-37 ; Mc 4, 1-20
(29 janvier 2003)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, voilà la parabole la plus connue de l'évangile, la plus facile à comprendre d'ailleurs. Si certains d'entre vous ont été louveteaux ou scouts, Jeannettes ou guides, ils se souviennent certainement que lorsqu'un jeune scout ou une petite guide doit passer l'épreuve de religion pour sa deuxième étoile, qui consiste à présenter une Parole d'évangile, tous les scouts et toutes les guides prennent cette parabole, parce qu'elle est facile à expliquer, pour la bonne raison que Jésus Lui-même nous donne l'explication, comme vous venez de l'entendre.
Je ne vais pas faire le petit scout, je ne vais donc pas vous expliquer la parabole du semeur. Mais entre la parabole elle-même et l'explication qu'en donne Jésus, il y a quelques versets qui ne sont pas si simples à comprendre et dans lesquels Jésus s'explique, à la demande de ses disciples, sur la raison de ce genre littéraire de la parabole. Nous penserions quant à nous, que c'est un procédé pédagogique, et que raconter une histoire avec un certain nombre d'événements, de circonstances plus ou moins colorées, cela rend l'enseignement plus facile et plus compréhensible.
Or, Jésus nous dit quelque chose d'assez différent. Il dit à ses disciples : "A vous, le mystère du Royaume a été donné, mais à ceux-là qui sont dehors tout arrive en parabole," et voilà alors la parole d'Isaïe qui est tout à fait problématique, "afin qu'ils aient beau regarder et ils ne voient pas, qu'ils aient beau entendre, ils ne comprennent pas, de peur qu'ils ne se convertissent et qu'il ne leur soit pardonné". Alors, Jésus a l'air de dire qu'Il parle en paraboles pour qu'on n'y comprenne rien, et qu'Il veut que ses auditeurs ne comprennent pas afin qu'ils ne se convertissent pas : "De peur qu'ils ne se convertissent et qu'il ne leur soit pardonné". Etrange parole, étrange méthode de la part de Jésus, étrange façon d'annoncer le salut en prenant soin que ceux à qui s'adresse ce salut ne comprennent pas et qu'ils ne soient pas sauvés.
Que comprendre de ces paroles étranges ? On pourrait dire, et c'est sûrement en partir vrai, que Jésus parle à ce moment-là comme on parlait souvent à l'époque de la Bible, en attribuant à Dieu la causalité de ce que les hommes en fait, décident eux-mêmes. Un peu comme quand dans la Bible on dit que Dieu a endurci le cœur de pharaon, comme si Dieu avait voulu que pharaon soit méchant, et c'est une manière un peu primitive d'attribuer à Dieu en tant qu'Il est le maître universel de toutes choses, même les intentions et les décisions de ses créatures. Dire que Dieu a endurci le cœur de pharaon, c'est une façon de parler un peu simpliste, mais qui a l'inconvénient de dissoudre un peu la responsabilité de la créature dans les ordres prétendus du Créateur. C'est très fréquent dans les textes anciens, qu'ils soient bibliques ou d'autres civilisations, de faire ainsi un raccourci d'ailleurs un peu dangereux, comme vous le voyez, entre les décisions des hommes qui sont créatures de Dieu, l'influence que Dieu peut avoir.
Jésus ne parle pas de cette manière-là de façon inconsciente, Il se rend bien compte de la gravité de ce qu'il est en train de dire. Alors, pourquoi les paraboles ? Pourquoi ces paraboles afin que ses auditeurs ne comprennent pas. Je pense que ce que Jésus veut dire, c'est que la manière de présenter le message à travers des images qu'il voile, à travers une histoire qui le présente de façon anecdotique, cette manière de présenter le message laisse à l'auditeur une part de choix, une part de liberté. L'auditeur qui entend ainsi le message présent de façon symbolique, parabolique, est invité à interner ce message, et le fait qu'il l'interprète, et qu'il puisse donc en choisir le sens, conformément à ce que Dieu, Jésus, veut dire, ou dans un sens différent, parce que cela l'arrange de l'interpréter autrement, cette possibilité donc pour l'auditeur de donner une sorte d'orientation à la Parole qu'il reçoit par l'interprétation qu'il en donne lui laisse une certaine latitude, une certaine liberté. Autrement dit, il n'est pas astreint par la clarté du propos à adhérer au message qui lui est proposé, il a la possibilité de dire oui, ou de s'arranger pour dire non en faisant comme s'il ne comprenait pas.
Entendre une parabole, entendre une présentation symbolique de la vérité que la Christ nous adresse, nous permet d'adhérer ou non à cette Parole du Christ. Elle nous donne donc un espace de choix, et ainsi devant le message de Jésus nous sommes invités à nous prononcer librement, à nous prononcer comme des êtres responsables, qui ont la capacité du choix et qui ne sont pas contraint d'une certaine manière à adhérer à ce qui leur est dit. Dieu, et je crois que c'est une constante dans sa manière d'agir, Dieu ne s'impose jamais, et Il n'impose jamais son mystère, sa vérité, sa méthode de salut. Dieu se propose à nous, et Dieu laisse toujours une possibilité de dire oui, ou de dire non, ce qui d'ailleurs donne tout son prix à la réponse que nous donnons. Si nous disons oui, non pas parce que nous y sommes contraints, mais parce que librement, nous voulons faire nôtre ce message qui nous est proposé alors que nous aurions pu le laisser de côté, nous aurions pu le rejeter, à ce moment-là notre adhésion est vraiment une réponse d'êtres libres, d'hommes, une réponse plénière. La relation entre Dieu et nous devient alors une relation de partenaires, dans laquelle Dieu nous propose un message, et nous sommes invités à y adhérer ou à ne pas y adhérer.
Je crois qu'il est important que nous comprenions la gravité et la profondeur de cette liberté qui nous est laissée, la discrétion et la délicatesse de Dieu qui ne s'impose jamais, qui d'une certaine manière se soumet à notre verdict, à notre réponse, en tout cas, soumet la relation entre Lui et nous à cette manière que nous avons librement, personnellement, de la ratifier ou de ne pas la ratifier.
Que nous sachions rendre grâces à Dieu pour cette délicatesse qu'il a à notre égard, même si elle nous engage profondément, et engage notre responsabilité, car c'est nous qui acceptons d'être sauvés, et Dieu ne sauve pas sans nous.
AMEN