INVITATION AU VOYAGE

Ap 20, 1-4+11-20 ; Mc 13, 33-37

(26 novembre 2001)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

E

couter le récit d'un voyage, récit d'un voyage qu'on n'a pas fait, c'est déjà voyager un peu, même si on reste chez soi et qu'on a la joie d'accueillir un ami qui a fait un long voyage, si possi­ble un voyage "exotique", c'et toujours une joie de l'écouter parler, de l'écouter raconter ses expériences, de ce qu'il a vu, c'est voyager certainement à moin­dres frais pour nous, mais cela nous ouvre les hori­zons de notre esprit et de notre imagination. Car lors­qu'on écoute des récits de voyage dans un pays loin­tain, un pays qui nous est inconnu, il y a tout un tra­vail qui se fait à l'intérieur de nous-mêmes, des re­cherches de petites connections entre nos propres expériences, entre ce que nous vivons dans notre culture, dans notre famille, bref dans notre vie, et puis ce monde éloigné, exotique, ce monde bizarre. Alors, celui qui revient et qui nous partage ses souvenirs de voyage va essayer d'utiliser des mots que nous connaissons, des références aux choses que nous connaissons, de nos expériences, des situations, et le mot qu'on utilise souvent à ce moment-là, c'est le petit mot "comme". Je pense à Bertin qui est venu célébrer avec nous il y a peu, qui n'a jamais vu la neige. Comment expliquer à quelqu'un qui n'a aucune idée de ce que peut être la neige. On essaie tant bien que mal de dire que c'est blanc, c'est froid au toucher, si on veut le manger, c'est glacé. Et même si nous n'avons pas vu la neige, même si nous n'avons pas vu le Royaume de Dieu, ce travail d'écouter le récit de voyage de quelqu'un, c'est faire le travail que Dieu a fait dans son Incarnation. Dieu s'est accoutumé à dé­couvrir qui était l'homme, sa créature, en devenant homme Lui-même, en faisant l'expérience de l'huma­nité de l'homme. En retour, quand on dit que l'homme est appelé à être divinisé, et que l'homme doit s'ac­coutumer à la personne de Dieu, c'est bien ce travail que l'homme doit faire, de découvrir dans le récit de voyage qu'est la Parole de Dieu, le récit du voyage qui est l'évangile, de découvrir par des petites portes comment le Maître de maison revient, et comme Il nous raconte son voyage dans le Royaume. Pour cela, il faut veiller, c'est ce que disait l'évangile, il faut veiller pour accueillir le retour du Maître.

Le côté magique de certains récits de voyage tient parfois à la manière dont ce récit a été raconté. C'est vrai qu'après un voyage, quand on rentre chez soi, on a beaucoup de choses à dire, on a beaucoup de choses à partager, et c'est sans doute plus magique, plus beau de raconter tout de suite, au retour, le ba­gage à peine posé, le vêtement à peine accroché, un verre à la main, de raconter déjà tout ce qu'on a vécu pendant ce voyage, comme si on attendait le lende­main, beaucoup de détails seraient partis, oubliés, passés à la trappe. Comme si en attendant le lende­main, le côté moins intime du conte, de l'histoire pourrait disparaître laissant la place à une atmosphère plus conventionnelle, comme si attendre que le veil­leur dont la tâche était de veiller, se réveille, comme si attendre ce moment faisait déjà disparaître le plus important de ce récit qui ne consiste pas seulement à la narration des détails, mais aussi dans la manière de raconter.

Nous avons là un petit indice sur la manière dont le Christ nous raconte si souvent le Royaume de Dieu, à travers ses paraboles. Là aussi peut-être n'y a-t-il pas uniquement les mots, le fond de l'histoire, mais la manière détournée, intime utilisée par le Christ pour nous faire déjà palper du doigt le Royaume.

Frères et sœurs, un jour, le Maître reviendra, Il ne reviendra pas comme un Maître, mais comme un voleur, sans prévenir, pour nous emmener cette fois-ci non plus pour nous raconter ce qu'est ce Royaume, mais pour nous y faire entrer. Et notre grande surprise alors sera sans doute de découvrir que beaucoup de choses que nous avions pressenties dans notre vie, nous deviendrons tout à coup familières dans ce Royaume de Dieu.

 

 

AMEN