NOËL ANNONCE PÂQUES
Ap 19, 1-9 ; Mc 13, 1-13
(20 novembre 2001)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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'eschatologie nous semble tellement fascinante, désir de savoir la fin du monde, de découvrir que dans cet espace linéaire du temps qui se déploie devant nous, à un moment donné, quelque chose devrait chuter, et venir exactement pénétrer un point précis de notre vie, de la création du monde, de notre société. Et puis, je dois vous avouer frères et sœurs, que cela fait pas mal de temps que nous lisons tous ces textes, nous avons épuisé pratiquement tout saint Matthieu, son discours eschatologique, et si l'eschatologie nous semble si désirable et extraordinaire, peut-être que les discours eschatologiques qui ne cessent de se perpétuer jour après jour pendant l'Eucharistie, nous semblent au bout d'un moment assez usants et fatigants. Il est toujours question de la même chose, de guerres, de catastrophes, d'un temple qui se détruit, d'une personne qui est prise et l'autre qui est laissée, de la fin du monde et de l'humanité, et nous aurions envie de dire : quand cela va-t-il se passer pour qu'enfin nous arrêtions d'en discuter et d'en parler ?
Une sorte de décalage entre ce moment et ce discours, comme ce décalage certainement vécu entre Jésus et le petit groupe des apôtres. Cette fois, ce n'est plus tellement une dimension cosmique qui ressort de ce discours de Jésus, selon saint Marc, discours eschatologique, mais plus restreint pour un petit groupe, non pas un annonce à tous les juifs, comme si Jésus était monté sur sa petite caisse en bois pour haranguer les foules, mais ici, il s'agit d'une annonce dans l'intimité. Quel décalage, d'être assis sur le Mont des Oliviers, contemplant la beauté du Temple et de la ville aux alentours, et de parler de la fin des temps. Je pense qu'aucune personne qui marchait et se promenait dans les environs, voyant Jésus entouré de ses amis, personne ne pouvait imaginer la teneur de ce discours. Ils devaient penser que Jésus comme tous les autres, restait ébahi devant la splendeur du Temple, devant la beauté de ce lieu. Quel décalage entre le regard de l'homme et le regarde Dieu face aux évènements. Il y a cette petite phrase des apôtres, un peu identique à celle du Pater, non pas à ce moment-là, apprends-nous à prier, mais apprends-nous à savoir quand cela va se passer ?
Quelque chose d'extraordinaire pour nous qui va se passer dans quelque temps, d'accepter que sous le voile du Temple qui tombe au moment de la crucifixion du Christ, au moment où tout l'univers est chamboulé, où le monde s'écroule, sous le voile, il y a les langes d'un petit bébé. Quelle conversion de notre part que de découvrir que tous ces textes, que tout ce discours eschatologique, que ce chamboulement cosmique est pour aboutir au-delà ou en-deçà du cri du Christ sur la croix, au cri d'un petit bébé dans une mangeoire.
Alors, frères et sœurs, je voudrais pas faire le rabat-joie et déjà vous dire que la fête de Noël n'est pas uniquement la fête de famille, la fête où l'on s'offre de jolis cadeaux et de beaux jouets, mais c'est peut-être dans ces discours eschatologiques qui nous préparent à la venue du Christ, à sa venue sur la terre, que nous découvrons le mieux que le chamboulement de notre vie, le chamboulement cosmique nous vient d'un petit bébé. Noël est véritablement inséparable de la fête de Pâque. Les langes de ce petit bébé sont inséparables du voile qui se déchire au moment de la mort du Christ.
AMEN