CHERCHER DIEU

Jc 1,2-8 ; Mc 11,11-25

(18 février 2000)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

ous voilà donc ramenés à un épisode bien connu et bien célèbre interprété dans tous les sens de Jésus qui éprouve une sainte colère et qui chasse les vendeurs et les marchands du Tem­ple. C'est vrai, on a tiré souvent bien des interpréta­tions et notamment pour justifier parfois que le culte est superfétatoire et que ce qui comptait, c'était la bonne volonté et les bonnes intentions.

Certes, il est vrai que Jésus aussi a critiqué le culte au Temple. Je crois que pour les disciples, avoir gardé ce souvenir de Jésus qui fait une scène terrible, et c'est sans doute un des motifs pour lesquels on le condamnera à mort, garder ce souvenir-là ce n'était pas un moyen de propagande intéressant pour convertir le cœur des juifs. Au contraire, c'était sans doute un souvenir assez pesant à garder et à conserver.

Et pourtant, on l'a gardé. On l'a gardé parce que je crois qu'on a compris qu'effectivement le culte n'était pas une valeur en soi. On ne l'a pas gardé comme le fait de mépriser toute assemblée de prière, comme une manière de mettre de côté le Temple gratuit passé en présence de Dieu, mais on a gardé ce souvenir pour dire que lorsqu'on cherche Dieu il ne faut pas vouloir mettre la main sur lui, parce que fi­nalement, c'était cela que représentait cette espèce de parvis, de barrière des marchands et des changeurs, c'était ce qui posait des conditions, non seulement les conditions financières, mais plutôt d'une manière ou d'une autre, s'emparait et voulait donner à la prière de ces pèlerins une signification et une valeur qui n'était peut-être pas la valeur par excellence de la prière que Dieu avait déjà donnée à son peuple dans l'Ancien Testament.

Ce texte, chaque fois qu'on le lit nous amène à une certaine manière de revoir notre vie. Que de fois, notre prière surtout rituelle peut devenir un cer­tain obstacle. Que de fois, par le fait de s'afficher ex­térieurement comme des bons croyants, des prati­quants, cette manière de prier peut nous alourdir le cœur, comme si elle nous dispensait d'une conversion plus profonde et plus intérieure : la redécouverte vé­ritable du visage de Dieu. Je crois que c'est cela qui a scandalisé Jésus. Il a vu qu'au fond, ces hommes ap­paremment occupés de choses sacrées ne s'occupaient plus beaucoup de la réalité qui était en cause. Ils se débattaient dans le code, dans des prescriptions, dans des manières de faire, l'observance d'un code rituel, et ça devenait effectivement un repaire de brigands.

Aujourd'hui, pour nos contemporains qui sont extrêmement sensibles non pas simplement aux si­gnes, mais à la manière dont nous les rendons actuels, dont nous leur donnons une certaine plénitude de sens, je crois qu'aujourd'hui nous devons être particu­lièrement attentifs à cela. Il faut, c'est impératif, que notre prière soit d'abord portée par le désir unique et exclusif de chercher Dieu, sinon nous risquons bien de ne chercher que nous-mêmes et nous pourrions être fort déçus.

 

 

AMEN