DÉPENDANCE D'AMOUR
Ha 4, 1-6+11 ; Mc 12, 1-12
(25 juin 1996)
Homélie du Frère Yves HABERT
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ous connaissons bien la parabole des vignerons homicides. Nous avons l'habitude d'ordinaire de l'entendre pendant le Carême pour nous préparer à vivre la Pâque du Sauveur. "Voici l'héritier, venez, tuons-le et l'héritage sera à nous. " Dans un autre passage de l'Evangile, en Luc, un homme vient trouver Jésus et Lui dit : "Mon frère ne veut pas partager notre héritage. Aide-nous à régler nos affaires d'héritage. " Mais Jésus ne veut pas être confondu avec un juge. "Qui m'a établi pour être juge de vos partages ?" Jésus n'a pas été envoyé pour régler nos petits différends en matière d'héritage, pour être le notaire de Dieu, pour répartir la terre entre ses frères. Jésus est Lui-même le Fils Bien-Aimé, Il est Lui-même l'héritier, l'héritier des promesses du Père, l'héritier du ciel et de la terre, cet héritier très particulier qui veut nous faire partager son héritage. La pointe de cette parabole des vignerons homicides, c'est que l'héritage promis au Peuple juif est élargi aux dimensions du monde. Le Peuple juif est intégré dans un dessein qui le dépasse. L'héritage réservé au Peuple juif comme à une épouse est intégré dans quelque chose de beaucoup plus vaste. Tel est le sens très clair de cette parabole. Les auditeurs de cette parabole ont voulu se saisir de lui car ils étaient renvoyés à la façon dont ils allaient traiter le Sauveur.
Aujourd'hui, nos contemporains sont tentés aussi de tuer l'héritier. Non pas en le suspendant à nouveau au bois, mais en faisant l'impasse sur Jésus qui s'est incarné, qui est venu habiter vraiment notre terre. On a envie de tuer Jésus en Lui disant que la terre n'est pas son domaine, qu'II ne s'est pas vraiment incarné pour nous sauver. La terre est le domaine des hommes qui veulent régler entre eux leurs petites affaires et ne veulent pas que Jésus vienne se mêler de leurs politiques, de leurs problèmes économiques et sociaux. Le domaine de Dieu est le ciel, celui des hommes la terre. C'est ainsi que tout sera parfait. C'est comme si nos contemporains ne voulaient pas dépendre d'un Dieu qui a donné sa vie, sa mort, ses souffrances, ses colères, ses larmes et son sourire, son pardon, qui nous a tout donné. Dépendre d'un Dieu qui nous a aimés jusque-là est très exigeant, car Il nous demande en échange notre amour. Nos contemporains ne veulent pas dépendre d'un Dieu qui aurait fréquenté notre terre et l'aurait saturée de sa présence.
Le deuxième point, c'est que lorsqu'Il nous a partagé son héritage, Jésus nous a aussi partagé le huitième jour, celui qui est au-delà du repos, le jour final. Il nous a partagé le pays de la Résurrection, le "ciel du ciel ", selon ce que dit saint Augustin. Il nous a non seulement partagé ce ciel, cette terre, ces étoiles, cette mer, mais aussi son Royaume à Lui. De même qu'il est terriblement exigeant de dépendre d'un Dieu qui nous a aimés jusqu'à souffrir pour nous, il est aussi extrêmement exigeant de dépendre d'un Dieu qui nous appelle à rien de moins que la communion avec Lui. On veut bien dépendre d'un Dieu, mais de là à communier avec Lui, à avoir éternellement une réponse d'épouse devant Lui.
Puisque le Sauveur nous a partagé son Pain, entraînons-nous ici-bas à cette communion éternelle que nous aurons avec Lui, communion avec Jésus qui est aussi une façon de dépendre de Lui.
AMEN