UNE SEULE CHAIR
Mi 7, 18-20 ; Mc 10, 1-12
(12 juin 1996)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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'essentiel du texte de la genèse est cette fameuse phrase qui sonne si bien et qui est si belle : "Et les deux ne feront qu'une seule chair".
C'est le prologue, c'est l'entrée solennelle de la révélation. L'homme et la femme sont destinés l'un à l'autre à ne faire qu'une seule chair. Comme si la chair de l'un, la chair de l'homme et la chair de la femme incomplète sans l'autre se mourait de solitude, d"inachèvement et que notre vie était destinée à compléter, à achever en notre chair ce qui lui manque. C'est d'ailleurs pourquoi Jésus y revient non seulement pour dire la finalité, la destinée de l'homme et de la femme mais d'ailleurs Il la légalise puisque que vous savez que la répudiation n'était que du côté de l'homme, désormais l'adultère sera des deux côtés. Apparemment, Il durcit la position une seule chair indissoluble définitive pour l'homme et la femme. Ce que Dieu a uni l'homme ne peut pas le séparer. On pourrait ajouter ce que Dieu va unir l'homme ne peut pas le séparer. Et ce que Dieu va unir c'est notre chair mortelle et sa chair divine car la finalité propre du mariage est de signifier à l'avance un autre mariage, une autre relation plus indissoluble encore mais à venir et qui est que notre chair recevant sa propre chair sera destinée à être unie à Lui pour devenir une seule chair. La finalité du mariage n'est pas en elle-même. Elle est comme l'image sans arrêt répétée, sans arrêt colorée d'un homme et d'une femme qui s'aiment et qui disent à l'avance l'amour de Dieu pour chacun de nous et qui disent à l'avance l'union de la chair de Dieu avec la chair de l'homme. C'est ce que nous célébrons dans l'eucharistie. Ainsi lorsque un homme et une femme s'aiment où qu'ils soient, quoi qu'ils pensent et disent dans leur chair, dans leur amour c'est l'histoire de Dieu. Il y a une sorte de répétition comme une chanson que l'humanité ne cesse de se redire. A nous d'entendre à travers cette chanson de l'homme et de la femme qui s'aiment d'entendre celle de Dieu. C'est notre foi qui discerne à travers l'histoire de l'homme et de la femme qui s'aiment, histoire néanmoins toujours nouvelle de Dieu et de l'homme qui s'aiment et qui sont faits pour s'unir. Et le travail que Dieu fait en nous, c'est un travail de transformation de notre propre chair humaine dans la chair, un travail de mariage, de noces. Et c'est pourquoi l'eucharistie est comme le moment de préparation d'une noce, ce premier moment, ce premier apéritif, ce premier pain, cette première coupe qui inaugure et prépare notre propre mariage. Peut-être que ces phrases glissent sur nous et que nous ne sentons pas très bien en notre vie terrestre, charnelle notre destinée d'être divinisés. Pourtant l'espoir que nous pouvons prendre, enracinés sur l'idée que tout va s'achever, tout va se terminer mieux que dans le meilleur des mondes mais que nous sommes appelés à plus haut, à plus grand, à différent. C'est cela l'Eucharistie car ici c'est le lieu où nous nous remettons en présence de notre propre destinée qui est d'être au-delà de nous-mêmes, qui est d'être totalement accomplis et ce que nous sommes aujourd'hui est inachevé, incomplet et de le prendre comme cela peut-être que nous accepterions plus facilement nos misères. C'est de l'ordre de l'inachèvement. C'est une histoire qui n'est pas encore terminée.
Et nous avons, main dans la main, chair dans la chair, à écrire avec Dieu notre propre histoire d'aujourd'hui et de demain et de l'éternité dont l'eucharistie de ce jour en est un élément, un maillon et nous allons plus loin car nous sortirons de l'église et nous irons de jour en jour plus près, j'allais dire de plus en plus près, de cette éternité qui se laisse toucher, qui se laisse découvrir pour qu'un jour nous puissions l'épouser et en vivre.
AMEN