NUL N'EST PROPHÈTE EN SON PAYS
Gn 21, 8-21 ; Mc 6, 1-6
(10 février 1996)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ans une phrase assez connue, Jésus dit qu'aucun prophète n'est accepté ni dans sa patrie, ni dans sa famille, ni dans sa maison. Si je puis me permettre l'expression, ceux qui entouraient Jésus avaient pourtant le pain et le couteau pour répondre aux questions qu'ils se posaient. Ils se disaient : "ne le connaissons-nous pas? N'est-il pas le fils du charpentier ? Ne connaissons-nous pas sa famille ? Comment fait-il ces miracles ? Comment se fait-il qu'il enseigne ainsi ?" Ils avaient la réponse : Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Il est vrai Dieu par ses miracles et son enseignement. Il est vrai homme par le fait que l'on connaît sa parenté. Mais nul n'est prophète en son pays. Jésus nous rappelle là une chose essentielle et que Dieu n'a cessé de redire en parlant d'Israël : "C'est un peuple à la nuque raide." Ils ont les oreilles bouchées, ils refusent de voir et d'entendre. Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas. Jésus dira d'ailleurs : "Que celui qui a des oreilles entende." Jésus nous rappelle ainsi une chose importante : pour accueillir le message de Dieu, il faut ouvrir son cœur, se laisser pénétrer par la vie et la Parole de vie du Seigneur. Il faut sortir de ses habitudes et de son enfermement. Si nous restons coincés sur nos habitudes, sur nos idées et nos a-priori, si nous nous en tenons à notre manière de voir et de comprendre Dieu, alors Dieu ne pourra pas passer. Si nous avons déjà programmé ce que devait être la vie de Dieu en nous, si nous avons formaté notre existence de telle sorte qu'aucune donnée ne puisse nous échapper et que nous ne puissions entrer en notre vie informatisée que ce que nous voulons y entrer, alors Dieu n'entrera pas. Dieu ne force pas. Dieu se propose. Dieu donne sa grâce, mais l'homme est libre. Si nous n'ouvrons pas notre cœur, si nous n'élargissons pas notre vision, jamais nous ne pourrons comprendre que le Seigneur est vrai Dieu et vrai homme, qu'Il a accepté de se faire petit pour être le Sauveur de notre fragilité et de notre faiblesse.
Cela est vrai pour la famille, pour la maison, pour la patrie et pour l'Église. Nous excluons toujours ceux qui nous sont le plus proches. Nous nous fermons à ceux qui côtoient et partagent notre existence. Nous refusons aux autres d'être prophètes en leur pays, c'est-à-dire porteurs de la Parole de Dieu. Nous aimerions que tel ou tel fasse ce que nous désirons et nous ne lui laissons pas la possibilité d'être autrement. Nous ne lui ouvrons pas la porte pour qu'il soit lui aussi capable de Dieu. Cela est vrai aussi dans l'Église, dans la paroisse. Quand quelqu'un ouvre la bouche, on se dit que ce n'est pas la peine qu'il parle. On sait ce qu'il va dire. On le connaît. Pourquoi n'ouvrons-nous pas notre cœur? Pourquoi ne laissons-nous pas à l'autre la possibilité d'être porteur de la Parole de Dieu, d'être prophète ? Si nous n'avons pas ce désir et cette espérance, si nous n'y inscrivons pas notre vie, nous finirons seuls. Nous finirons seuls parce que Dieu lui-même sera incapable de nous sauver. Dieu ne pourra nous sauver si nous ne voulons pas nous laisser faire par lui, nous laisser faire par notre prochain qui est aussi le visage de Dieu. L'homme, grâce à Dieu, est capable d'être sauvé. Mais ce ne sont pas seulement les chinois du fin fond de la Chine qui sont sauvés. C'est mon voisin, mon prochain qui est sauvé. C'est celui que je côtoie tous les jours qui est prophète de Dieu pour moi. Je crois que si Jésus était parmi nous, nous serions nous aussi capables de le crucifier. Nous serions capables de poser des questions et de chercher la petite bête. Qui est-Il ? D'où vient-Il ? On le connaît ! Sa famille, ses amis, ses frères, ses sœurs, on les connaît ! Nous serions sans doute les premiers à le rejeter.
Nous devons reprendre conscience de tout cela. Si le chrétien n'en est pas capable, les autres ne le seront pas non plus. Le Christ nous posera un jour la question qu'Il a jadis posée : "Retrouverai-je la foi quand je viendrai ?" Il nous demandera : "Ai-je trouvé la foi, ai-je trouvé une ouverture du cœur en ta vie, quelque part, un jour ?" Pourvu que Dieu, comme nous le dit l'évangile, ne s'étonne pas alors de notre manque de foi.
AMEN