LE SALUT ET LA FOI

Gn 21, 1-7 ; Mc 5, 21-43

(9 février 1996)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

D

ans cet épisode de l'évangile de saint Marc, Jésus accomplit deux miracles. Il n'accom­plit pas n'importe quel miracle ou du moins Il ne procède pas n'importe comment. Jésus n'est pas un thaumaturge comme il pouvait en exister à son époque. Guérir signifie pour lui une chose importante, guérir signifie que l'homme a besoin de la Parole de Dieu. Au-delà de la guérison, l'homme a vraiment besoin de rencontrer le Seigneur. Lorsque Jésus pro­cède à un miracle, les gestes qu'Il pose ne sont donc jamais de l'ordre de la magie. Deux éléments peuvent être relevés en chacun des deux miracles d'aujour­d'hui.

Il faut noter d'abord l'importance du toucher. Le chef de la synagogue demande à Jésus de venir imposer les mains sur sa fillette qui est malade. Jésus ne se contente pas de guérir au loin. Il vient tout près et se fait tout proche de la personne à guérir. C'est la même chose avec l'hémorroïsse qui dit : "Il suffit que je touche son vêtement pour être sauvée." Cela mon­tre que Jésus est réellement incarné et que c'est par le principe de son Incarnation qu'Il atteint et guérit les hommes.

S'il ne s'agissait que de toucher le Seigneur, cela ne suffirait cependant pas. Jésus veut aussi dire une Parole. Il veut authentifier l'acte qui se déroule. Lors de la guérison de l'hémorroïsse, Il sait qu'une force est sortie de lui. Pour ne pas apparaître comme un simple faiseur de miracles ou comme un magicien, Il dit à la femme : "ta foi t'a sauvée." Il authentifie l'acte en précisant qu'il ne peut y avoir de miracle que dans le contexte de la foi. Il authentifie de la même manière la guérison de la fille du chef de la synago­gue. Il prononce une Parole et guérit après avoir de­mandé au père de la fillette d'avoir la foi.

Je crois que cela est important pour nous. Nous avons parfois tendance à chercher des gourous, des guérisseurs, des faiseurs de miracles. Jésus situe très bien la détresse de l'homme. L'homme est perdu, il cherche un sens à sa vie, il a besoin d'être guéri. Jésus signifie bien ici que pour lui qui est réellement le Sauveur, qui est le médecin des âmes, cette guéri­son passe par l'acte de foi et passe par le principe de l'Incarnation : être touché par lui. C'est pourquoi l'Église, qui est le corps du Christ, continue à procé­der selon ce même principe. Elle le fait pour authenti­fier les miracles s'il y a lieu. Elle le fait aussi parce qu'il importe que les sacrements soient vécus dans la foi. C'est la Parole qui est donnée, Parole qui fut transmise des apôtres aux évêques dans la Tradition de l'Église, qui permet de discerner en vérité les actes qui sont posés. Dans la vie sacramentelle, nous agis­sons parfois comme nous agirions peut-être si nous avions Jésus en face de nous pour nous guérir. Nous agissons comme si les sacrements étaient des actes magiques, comme s'ils allaient résoudre par un coup de baguette magique l'ensemble de ce que nous vou­lons. Il nous arrive même de penser qu'il suffit de pousser les gens à aller communier ou à se faire bapti­ser pour que d'un seul coup tout soit ordonné et de­vienne parfait.

Mais les actes sacramentels ne sont pas des actes magiques. La foi doit être enracinée et posée dans la Parole que le Seigneur adresse et que l'Église transmet. Nous devons donc nous ressaisir dans ce contexte-là. Le Seigneur veut nous guérir, le Seigneur veut nous sauver, mais ni au mépris de ce qu'Il est ni au mépris de ce que nous sommes.

 

 

AMEN