ILS N’AVAIENT RIEN COMPRIS
Qo 5, 9-16, Mc 6, 45-56
(1er février 1994)
Homélie du Frère Michel MORIN
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I |
l est probable que la dernière phrase de cet épisode de la marche de Jésus sur la mer, en nocturne, nous donne un des éléments pour comprendre et surtout pour vivre cet épisode de l'évangile. Il est dit : "Les disciples n'avaient pas compris le miracle du pain, leur esprit était bouché."
Ce miracle de la multiplication des pains précède immédiatement la nuit où a eu lieu cette marche sur les eaux. Multiplication des pains en abondance pour tous les hommes et même une abondance scandaleuse puisqu'il en restera encore douze couffins, sorte de gaspillage économique. Puis vient l'apparition de Jésus dans la nuit, alors que les disciples, Dieu sait pourquoi d'ailleurs, s'épuisent à ramer à vent contraire. Ceci est l'annonce de la Résurrection. Lorsque les disciples, dans d'autres circonstances on ne peut plus tragique que cette nuit, s'épuiseront à ramer en sens contraire de la Passion puisqu'ils s'enfuiront tous quasiment. Et c'est au cœur de cette dispersion que le Christ, à la troisième ou à la quatrième veille, peu importe, apparaîtra sur les eaux, vainqueur de la mort, lumière jaillissant dans les ténèbres. Et à ce moment-là d'ailleurs, ils le prendront aussi pour un fantôme et ils en seront terriblement troublés. Et Jésus leur dira : "La paix soit avec vous ! C'est bien Moi ! N'ayez pas peur !"
Nous sommes donc ici dans un contexte pré-pascal : multiplication des pains, don de l'eucharistie, présence du Christ comme force dans les épreuves de cette vie. Pas simplement pour traverser cette vie, mais pour vivre du Ressuscité. Puis mystère pascal, présence du Christ qui vient à la rencontre de l'homme parce que, dans sa prière, Il voit que l'homme s'épuise. "Jésus priait seul, sur le rivage, et voyait les disciples s'épuiser à ramer." La confiance qu'Il demande à ses disciples est l'annonce apostolique de l'Église guérissant les malades et leur rendant la vie et la santé. Les malades essentiellement du cœur et de l'esprit.
Avons-nous compris la multiplication des pains ? Avons-nous compris le miracle de l'eucharistie ? Il semble que sans cette compréhension notre esprit reste bouché, reste fermé au mystère de Pâques, à la présence pascale du Christ là même où il y a l'obscurité, la mort, peut-être la stérilité de la pêche, en tout cas l'effort apparemment inutile de notre vie, l'énergie que nous épuisons à ramer contre le vent. "Ils n'avaient pas compris le miracle des pains." Cette eucharistie à laquelle nous participons chaque jour nous rappelle aussi cet épisode d'Emmaüs : "leur esprit était lent à croire". Et c'est dans la manifestation eucharistique du Christ, au soir, encore, dans la nuit, à l'auberge d'Emmaüs que les disciples ont compris le mystère de la Pâque et qu'ils sont repartis l'annoncer aux autres disciples, mettant en communion leur foi en la Résurrection du Christ.
L'eucharistie est donc bien le fruit de la Pâque du Christ, mais elle est, pour nous, aussi l'enseignement pour comprendre et vivre comment le Christ pascal est présent avec nous et pour nous. Et en définitive, l'action de grâces qui doit jaillir de notre cœur lorsque nous avons participé à cette eucharistie, c'est de retrouver absolument cette confiance au Christ qui est là. Il nous tend la main comme Il la tendra à Pierre s'enfonçant dans l'eau. Il nous tend son pain, son corps, pour nous dire : "Ayez confiance ! C'est Moi ! Soyez sans crainte !" Et ceci est la disposition fondamentale et permanente du chrétien qui croit que le Christ est présent dans le pain et qui croit que le Christ est présent dans toutes ses nuits, surtout celles où il s'épuise à ramer, parce que, de fait, le vent de sa vie ou le vent de la vie est contraire à l'évangile.
AMEN