TOUT LE MONDE ÉTAIT DANS L'ÉTONNEMENT

Qo 4, 6-12 ; Mc 5, 1-20

(27 janvier 1994)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

 

V

ous savez sans doute que le mot "étonner" vient de tonnerre. Etre étonné c'est être frappé par un coup de tonnerre, ou dans le langage amoureux, d'un coup de foudre. Ceci nous renvoie aux théophanies de l'Ancien Testament où il se déchaînait du tonnerre et des éclairs dans les espa­ces célestes, mais surtout le cœur de l'homme était bouleversé par la découverte merveilleuse de ce que Dieu faisait pour lui. Et probablement que les boule­versements étaient plus grands dans le cœur que dans le ciel, Dieu merci !

Cet épisode, quelque peu rocambolesque il est vrai, de ce démoniaque guéri est l'accomplissement exact d'une prophétie de l'auteur de l'Ecclésiastique où nous lisons au chapitre 11, 12-13 : "Il y a des fai­bles qui réclament de l'aide, pauvres de biens mais riches de dénuement. Le Seigneur les regarde avec faveur, Il les relève de leur misère. Il leur fait relever la tête et beaucoup s'en étonnent."

Voilà que le Christ, en délivrant cet homme, ce faible qui appelait à l'aide, ce pauvre de biens, ce riche de dénuement, voici que le Christ lui relève la tête et beaucoup s'en étonnent. "Tout le monde était dans l'étonnement." Cet étonnement des foules qui avaient été témoin de ce miracle de guérison, mais plus encore de ceux qui entendaient parler cet homme guéri retourné dans son village, cet étonnement est le fruit d'une prière non exaucée par Dieu, mais d'une prière de Dieu exaucée par l'homme. Cet homme est guéri, "il priait Jésus de rester en sa compagnie". Jésus n'a pas exaucé sa prière qui était pourtant dans la droite ligne du salut. Que peut demander un homme si ce n'est de "rester avec Jésus" ? Les premiers apô­tres l'avaient demandé "et ils demeurèrent avec Lui" tout le jour de leur première rencontre. Voilà une prière juste, très belle, qui n'a pas été exaucée. Il y a une autre prière, celle de Jésus pour cet homme. "Va chez toi, auprès des tiens, rapporte-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde !" Et l'homme a exaucé la prière du Christ. "Il s'en alla et se mit à proclamer chez lui tout ce que Jésus avait fait pour lui, et tout le monde était dans l'étonnement."

Il y a plus de soixante-dix ans, Paul Valéry avait écrit : "L'homme ne s'étonne presque plus à l'annonce de nouveautés merveilleuses." Et l'on pour­rait commenter : le chrétien que je suis ne s'étonne presque plus à l'annonce de nouveautés merveilleuses. Le message de cet homme c'est son obéissance à la prière du Christ, d'avoir raconté ce que Dieu avait fait pour lui dans sa miséricorde. Sommes-nous attentifs d'abord à ce que Dieu fait pour nous, dans sa miséri­corde ? En sommes-nous, parfois, étonnés ? Sommes-nous attentifs à ce que Dieu fait dans le cœur des au­tres, en sa miséricorde pour eux ? En sommes-nous étonnés ? Notre prière c'est bien souvent de "rester auprès de Jésus". Sommes-nous assez disponibles pour que cette prière ne soit pas exaucée selon notre vœu, mais que notre obéissance, notre disponibilité exauce la prière du Christ d'aller annoncer aux autres ce dont nous sommes témoins de l'œuvre de sa misé­ricorde ? Peut-être un peu plus d'hommes de notre temps et de ceux qui nous entourent seront plus éton­nés que scandalisés ou provoqués ou indifférents à la vie des chrétiens, c'est-à-dire au Christ Sauveur !

 

 

AMEN