LE PREMIER COMMANDEMENT

Jg 9, 22-29 ; Mc 12, 28-34

(6 juillet 1993)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

e scribe qui s'approche de Jésus et de ceux qui discutent avec Lui au sujet de la résurrection des morts où Jésus affirmait que Dieu est le "Dieu des vivants" pose lui aussi une question au sujet du premier commandement de la Loi.

L'intérêt de la réponse de Jésus et de la reprise de cette réponse par le scribe réside dans la liaison entre les deux termes : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu" et "Tu aimeras ton prochain." Le premier terme se découpe d'ailleurs en deux morceaux : "Ecoute, Israël ! Le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur, tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur" et le second commandement que Jésus ajoute : Ecoute et aime le Seigneur est équivalent à : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même".

Ceci nous paraît peut-être évident que ce que nous avons à vivre de façon humaine et horizontale corresponde à ce que nous avons à recevoir de Dieu par l'écoute et par son amour. Ce n'est pas si évident et ce ne le serait pas si Dieu n'était pas venu se faire le prochain de l'homme. En effet, ce commandement est entouré par l'affirmation de Dieu comme Dieu des vivants et par la proclamation de Jésus comme Fils et Seigneur. Fils de Dieu et Seigneur, envoyé de Dieu parmi les hommes, pour devenir le prochain de chaque homme. En devenant le prochain de chaque homme, Il rend proche l'amour de l'homme pour Dieu et l'amour de Dieu pour l'homme et Il rend possible le passage de l'amour de Dieu à l'amour du prochain. Le prochain n'est pas aimé avant tout pour lui-même, mais il est aimé parce qu'il est aimé de Dieu et que brille en lui cet amour que nous devons lui renvoyer.

Ce qui est donc premier c'est notre amour pour le Christ, pour ce premier-né premier crucifié, premier prochain de chacun de nous dans nos cœurs, dans nos vies, par les sacrements, par l'Église et qui dessine en nous l'apprentissage de l'amour du prochain. Sinon il y aurait une sorte d'injure à ce que l'Église, à ce que la théologie appelle la grâce. La grâce a pour effet d'orienter notre cœur à recevoir cet amour, à discerner cet amour et à le renvoyer aussi parfaitement que possible, avec autant de pureté qu'il est possible, sur le frère et la sœur qui nous sont donnés.

Ce que nous aimons des autres nous donne une image de ce que nous aimons de Dieu. Il y a toujours un peu d'équivalence de notre côté à nous entre notre difficulté d'aimer nos frères et notre difficulté d'aimer Dieu. Nous ne pouvons pas nous vanter d'aimer Dieu et de ne pas aimer nos frères car ce serait faire injure au Christ Lui-même qui est venu comme un homme ouvrir notre cœur à cet amour de Dieu pour que nous puissions nous y reconnaître comme des frères de Jésus et comme des frères les uns pour les autres. Dans l'Église, nous avons été donnés les uns aux autres par le Christ qui, le premier, a ouvert la porte de cet amour nouveau car il reste un commandement nouveau, il reste quelque chose qui est toujours à construire et à conquérir. Nous n'aimons pas naturellement les autres et nous recevons de Dieu la force, la grâce, la puissance de chaque jour pour commencer cet amour quasi impossible que le Christ a payé cher par la croix.

 

AMEN