LE FIGUIER STÉRILE
Jg 6, 33-40 ; Mc 11, 11-14+20-25
(26 juin 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e n'est pas la saison des figues et pourtant le Seigneur a faim et exige que ce figuier lui donne des fruits. Ce n'est pas encore en notre vie le temps de la vie éternelle et pourtant Dieu exige que, dans notre vie, naisse déjà cette vie éternelle. Ce n'est pas encore pour nous, sur cette terre, la saison de la pleine fécondité et pourtant pour chacun de nous Dieu exige, dès maintenant, que nous donnions du fruit.
Cette parabole du figuier desséché avait certainement fortement marqué l'esprit des disciples, à tel point qu'ils ont eu soin de rapporter deux petits détails, le premier que je viens de dire, que ce n'était pas la saison des figues, et le second encore plus intéressant que Jésus parle au figuier. Il aurait pu simplement s'adresser aux disciples, mais c'est au figuier que Jésus s'adresse en lui exprimant sa malédiction : "Que jamais plus personne ne mange de tes fruits !"
Il faut replacer cet événement dans le contexte propre de l'évangile de Marc. Nous sommes au début de la montée du Christ vers Jérusalem et le Christ pressent la mort qui le serre de toute part. Il a été accueilli à Jérusalem par le cortège populaire des Rameaux aux cris de "Hosanna ! Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur !" Il vient au nom de Dieu, en nous dans notre église comme chaque jour, Il vient comme Celui qui donne la vie. Il est proclamé comme le Seigneur, le Dieu de la vie.
Mais Lui sait, dans son cœur, que cette annonce est déjà l'annonce de sa mort, que derrière ces cris, ces applaudissements et ces palmes, se dessine sa croix, le don de sa vie et que l'angoisse qui étreint son cœur est sensible à la mort qui s'avance plus près de Lui et de ceux qui vraiment et qui vont, ou fuir ou le renier. Et en un geste naturel, entrevoyant, sursautant dans la vie par une espèce de faim, non une faim physique mais une faim de vie, une faim d'amour, le Christ rassemble toute la lutte intérieure en maudissant celui qui ne donne pas de fruit, en maudissant la mort.
C'est pourquoi, le lendemain, lorsqu'il passe devant le figuier, le figuier est vraiment mort. Il a donné ce propre fruit qui est la mort. Et en maudissant la mort, Jésus annonce à l'avance, dans cette parabole, sa résurrection et la vie Alors, pour nous, ce n'est pas encore apparemment la saison des figues, même si nous avons déjà les feuilles. Nous sommes effectivement comme ce figuier. Une partie de nous-mêmes est mortelle, cette partie-là périra, périra à un tel point que Dieu l'anéantira. Par contre, Il suscitera une autre fécondité qu'Il annonce déjà, par sa propre faim, par sa propre vie. Il suscitera une autre fécondité et nous serons ces arbres nouveaux plantés dans la Jérusalem céleste autour du Christ vainqueur.
Et vous tous qui être venus prier pour celui ou celle qui vous a quittés, vous devez trouver en ce jour auprès de cet évangile l'annonce de la force de l'amour de Dieu qui poursuit de sa puissance tout ce qui touche la mort et qui nous abîme, pour susciter la vie et la résurrection. Et vous avez entendu les deux voies, les deux moyens, les deux canaux qui permettent, dès maintenant, non seulement d'avoir des feuilles mais de porter des fruits : la foi et le pardon. En effet : "Si quelqu'un dit à cette montagne : "Soulève-toi et jette-toi dans la mer ! s'il n'hésite pas dans son cœur mais croit que ce qu'il dit va arriver, cela lui sera accordé." La foi fait mourir définitivement en nous ce qui doit périr et nous donne aussi accès à la vraie vie, à la vie éternelle. De même : "Quand vous êtes en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, remettez-lui afin que votre Père des cieux, Lui aussi, vous remette vos péchés." Le pardon est la seconde voie pour demander à Dieu de nous remettre nos dettes, de nous laver de tout péché, de toute indignité pour que nous soyons, un jour, tous ensemble, revêtus du vêtement nuptial, du vêtement de gloire que déjà ceux pour qui nous prions commencent à revêtir, nous puissions, autour de l'Agneau, chanter sa gloire et donc notre gloire.
AMEN