RÉSURRECTION DE LA FILLE DE JAÏRE

1 R 8, 22-26 ; Mc 5, 21-43

(8 février 1993)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

e voudrais souligner seulement trois points de ce long évangile.

Le premier c'est que cette résurrection est d'abord un fait écclésial. Jésus a bien soin de"prendre avec Lui Pierre, Jacques et Jean." Nous savons et nous le redisons souvent qu'ils sont les témoins privi­légiés des événements majeurs et les plus mystérieux, les moins publics si vous voulez, de la vie de Jésus. Ils sont à la Transfiguration, ils en sont les seuls té­moins, ils sont auprès de Jésus, juste à ses côtés quoi­que endormis, au moment de l'agonie. Et soit la Transfiguration, soit l'agonie n'ont ni l'une ni l'autre de caractère publicitaire, de caractère médiatique ou en tout cas public. Il faut donc retenir que la résurrec­tion de cette petite fille, c'est d'abord pour l'Église, Pierre, Jacques et Jean en sont les témoins privilégiés.

Et ceci nous amène à dire simplement que notre foi en la résurrection c'est la foi de l'Église. Nous ne pouvons pas croire en la résurrection des morts, en notre propre résurrection, en dehors de la foi de l'Église. Tout le reste c'est des explications, des recherches, des illusions ou de fausses consolations.

Le deuxième point c'est le regard que porte ce chef de synagogue, Jaïre, sur cette petite fille : "Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu'elle soit sauvée et qu'elle vive !" Ceci est la confiance fondamentale, irréaliste, anormale devant l'événement qui se déroule et qui est la mort prochaine de cette fillette. Jaïre qui n'est pas chrétien mais chef de la synagogue voit bien sa petite fille à toute extrémité, mais à travers cet état de celle qu'il aime beaucoup il voit beaucoup plus loin. Il voit le visage du Christ, Il voit la main du Seigneur qui est une main de Sauveur puisqu'il affirme : "Viens lui imposer les mains pour qu'elle soit sauvée et qu'elle vive." Ceci est très important également pour nous. Devant toute situation d'extrémité, c'est-à-dire en fait où l'homme, quel qu'il soit, ne peut plus rien, le regard du croyant va beaucoup plus loin que l'évènement et il est capable de saisir, là où il n'y a plus d'espérance ou d'espoir humain, une autre espérance de vie qui repose sur la présence guérissante de Jésus Lui-même. Ceci est vrai pour les évènements de la mort, les évènements les plus tragiques, mais ceci doit être vrai aussi pour ce qui concerne notre guérison et notre résurrection au plan moral, au plan de notre conversion, au plan de la conversion, de la guérison ou de la résurrection de ce qui, dans notre cœur, est malade ou même mort. "Ta fille est morte. Pourquoi déranges-tu encore le Maître ?" disent les gens qui l'entourent. Le maître se dérange et Jaïre sait qu'il peut encore déranger le maître parce que tout état de mort, physique ou morale par notre péché, n'est jamais définitif, non seulement aux yeux du Christ, mais aux yeux du croyant. Et il nous arrive souvent, face à ce qui est mort en nous, face à ces états, à ces péchés dont nous n'arrivons jamais à sortir quelque chose de vivant, quelque chose qui soit guéri, quelque chose qui soit un peu de vie ressuscitée ou d'amour retrouvé, il nous arrive bien de nous dire aussi :c'est mort, c'est stérile, il n'y a plus rien à attendre, à quoi bon prier, à quoi bon se convertir ? à quoi bon essayer encore de dé­ranger le Seigneur ? Espérance par rapport à l'état de la mort mais espérance aussi qui doit se renouveler dans tous les états de notre propre mort intérieure.

Jésus dit enfin : "Pourquoi ce tumulte et ces pleurs ? L'enfant n'est pas morte, elle dort !" Ceci c'est le regard de Dieu sur la mort humaine qui n'est jamais définitive, Ceci est le regard de Dieu sur notre mort qui contient une vie nouvelle, qui contient une espérance nouvelle. Et c'est pourquoi il est inutile de remuer ciel et terre, il est inutile de pleurer, il est inu­tile de faire tout un tumulte pour exorciser la mort. Jésus vient simplement nous dire, au cœur même de ce qui est humainement mort, qu'il y a sa vie à Lui. Et c'est pour cela qu'Il manifeste cette présence de la vie dans la mort en ressuscitant cette petite fille, puisque le mot "Lève-toi !" signifie en hébreu : ressuscite, rentre de nouveau dans la vie ! Mais ceci est vrai aussi pour notre vie intérieure, ce que je nommais tout à l'heure ces stérilités, ces morts, ces terrains qui ne donnent plus rien dans notre propre vie intérieure, à quelque plan que ce soit, et qui nous provoquent sou­vent beaucoup de tumulte, beaucoup de soucis, beau­coup de désespérance, voire des pleurs, voire des échecs. Et bien, là aussi, devant ces états, le Seigneur nous dit : "Tout n'est pas mort ! Il y a encore, au fond de cela, une vie, et Moi seul peut la donner en appe­lant cette vie à ressusciter". Et au fond le Seigneur dit à chacun d'entre nous, soit pour notre mort, soit pour la mort des autres, soit pour tout ce qu'il v a de mort en nous : "Lève-toi et marche !"

C'est dans cette confiance absolue qui nous est transmise par l'Église, par la foi de Pierre, Jacques et Jean, que nous savons que, pour Dieu donc pour nous, rien n'est définitivement mort, rien n'est défini­tivement stérile dans notre vie.

 

 

AMEN