COMME LES ANGES
Rm 4, 18-25 ; Mc 12, 18-27
(25 juin 1992)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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orsqu'on ressuscite d'entre les morts, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme les anges dans les cieux !" Cette petite phrase de Jésus a fait couler beaucoup d'encre parce que d'une part elle pose le problème de ce qui se passera de l'autre côté et d'autre part elle a laissé en suspens la question de savoir si les anges avaient un sexe. En réalité, dans cette question, ce n'est pas une théologie de la sexualité des anges mais le problème au sens très concret et très profond de ce qu'est la résurrection.
Il y a beaucoup de gens que cela arrange d'imaginer que là-haut il n'y aura plus de problème de sexualité ou d'alimentation. En réalité c'est un peu la manière dont raisonnaient les sadducéens. A partir du moment où il y a résurrection, on imagine l'au-delà comme le pur prolongement de ce que l'on vit ici-bas. Et comme maintenant l'amour, la sexualité, l'alimentation, la joie de vivre, ça prend une certaine importance dans l'existence on est bien vite porté à penser que cela prend aussi une certaine place de l'autre côté. Et du coup la représentation de la résurrection, telle que les sadducéens la critiquaient et la tournaient en ridicule, n'était que le prolongement de cette vie, donc avec les mêmes données de notre constitution d'êtres vivants obligés de s'alimenter et de se reproduire.
Ce que Jésus veut faire comprendre à ces sadducéens c'est que si l'on aborde le problème de la résurrection uniquement dans cette optique-là, on ne s'en sort pas. C'est la raison pour laquelle Il fait référence aux anges car si on y réfléchit un tout petit peu la différence entre les anges et nous est très simple. Ce n'est pas que les anges n'aient pas de corps mais c'est que les anges sont déjà arrivés à la plénitude du but pour lequel ils avaient été créés. Du moment même où ils ont été créés, en un instant, ils sont arrivés au plein épanouissement de la contemplation de Dieu, tandis que pour nous c'est très progressif, tellement progressif que la plupart du temps on ne s'en rend pas compte. A partir du moment où l'on est dans le Royaume de Dieu, on est arrivé à la plénitude de ce que Dieu veut pour nous. Donc tout ce qu'il y avait auparavant sur la terre n'était que des moyens pour arriver à cette plénitude. Donc tout ce qui caractérise actuellement notre vie humaine, comme la sexualité, le fait d'avoir besoin de se nourrir, de se survivre au jour le jour ou dans des enfants, tout cela n'est que des moyens en vue d'arriver à la résurrection, à la plénitude de notre identité.
Jésus dit donc tout simplement : ne commettez pas l'erreur de calculer ce que sera la vie du Royaume en fonction de ce que vous vivez maintenant, mais au contraire acceptez que ce que vous vivez maintenant soit au service d'un but qui, de toute façon, sera l'œuvre de Dieu et qui, d'une certaine manière, dépassera et transcendera tous les moyens que vous aurez mis en œuvre dans votre vie pour parvenir à ce but.
Ainsi donc ce texte n'est pas une sorte de traité de science-fiction sur la manière dont nous vivrons au paradis. C'est plutôt une certaine manière dont Jésus nous rabaisse un certain nombre de prétentions humaines à vouloir mesurer et calculer la vie dans l'au-delà uniquement sur la mesure des critères que nous avons en ce monde. Et Il nous dit tout simplement ceci : La vie totalement accomplie, telle que le Père vous la prépare, Lui qui est le Dieu des vivants, cette vie transcende la vie que vous menez maintenant. Je trouve cela intéressant car cela nous permet de comprendre ce que nous avons lu au sujet d'Abraham. Qu'est-ce qui est nouveau chez Abraham ? C'est que lui, étant avancé en âge, sa femme étant stérile, la vie du salut naît dans ce terrain stérile. Et d'une certaine manière l'œuvre de Dieu est de faire que là où, à vues humaines, il n'y a plus de vie et de transmission de vie possible, il fait naître un peuple. Donc déjà dans l'histoire du salut nous avons des signes de ces sauts qualitatifs qui font que là où normalement c'est la mort, surgit la vie, une vie comme la nôtre, une vie fragile, Abraham mourra et Sara mourra, mais c'est le signe de ce saut qualitatif que signifie notre entrée dans la mort et la résurrection du Christ. Là où précisément le principe de la vie ne sera pas de se survivre à soi-même, mais une vie totalement reçue.
Lorsque nous recevons le corps et le sang du Christ, nous recevons précisément cette vie dont parle Jésus. C'est la vie du Royaume, c'est l'anticipation de la vie du Royaume dans notre propre existence. Que cette réflexion sur le mystère de notre vie, de notre avenir et de notre résurrection nous affermisse dans la foi.
AMEN