LE FIGUIER STÉRILE

Rm 3, 21-26 ; Mc 11, 11-25

(18 juin 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

ous retrouvons la parabole de ce figuier sur lequel ont dû sécher pas mal de commenta­teurs en butte à ce texte difficile puisque, le moins qu'on puisse dire c'est que Jésus a un compor­tement extrêmement exigeant. Il demande à ce figuier de porter du fruit alors que ce n'est pas la saison et pis que cela dans sa déception, Il le maudit. Et le lende­main l'arbre est non seulement desséché au sens où il aurait perdu ses feuilles, mais il est desséché jusqu'à la racine. Et lorsque Jésus termine son enseignement, c'est encore le plus paradoxal, en disant : "Tout ce que vous demanderez à Dieu, croyez que vous : l'avez déjà reçu et vous l'obtiendrez !" et encore : "Si vous avez quelque chose contre quelqu'un, remettez-le lui afin que votre Père vous remette aussi vos offenses". Ces paroles ne vont pas tout à fait dans le sens de son comportement car sinon Il aurait dû pardonner au figuier de ne pas porter de fruit.

Pourtant je ne crois pas que le signe que Jésus a posé ce jour-là soit uniquement pour la gratuité de détruire. Mais si l'épisode du figuier desséché "enca­dre" le problème des vendeurs chassés du Temple, c'est parce que les deux épisodes se répondent l'un l'autre. En effet, pourquoi Jésus maudit-Il le figuier ? C'est parce qu'Il a faim. Jésus a faim et Il attend, d'une certaine manière, une réponse de sa création. Et si le figuier fait les frais de cette opération, c'est pour nous montrer que lorsque Dieu a faim de l'amour de son peuple, lorsque Dieu a faim de la réponse libre de l'Alliance dans le cœur de son peuple, cette faim est inconditionnelle. Il faut qu'elle soit satisfaite.

Et c'est ce qui se passe lorsque Jésus entre dans le Temple. Il a faim de l'amour de son peuple. Jésus ne vient pas pour condamner Israël, Il vient pour le rencontrer. Et donc Il a faim que ce peuple réponde à sa Parole, à sa prédication, à sa manière même d'annoncer le salut et la présence de Dieu au milieu de son peuple. Et quand Il voit la manière dont son peuple répond à cette faim, Il chasse les vendeurs du temple car Il est choqué par le fait que le Temple, lieu de la présence, devienne un bazar camouflé par des raisons cultuelles dont les transactions d'argent faisaient vivre en bonne partie le sacerdoce de Jéru­salem.

Le comportement de Jésus à ce moment-là veut dire que quand Il vient dans le Temple le lieu de sa présence, Il a faim d'une véritable présence de l'homme mais Il ne rencontre rien de tout cela. Cela nous explique un peu le mystère de Jésus face au fi­guier, face au Temple, face à nous-mêmes. En réalité, en face de chacun d'entre nous, Jésus est comme de­vant le figuier, Jésus a faim. Il a faim d'une réponse libre de l'homme. Il a faim de ce que chacun d'entre nous, au plus intime de son cœur, entre dans le jeu de l'Alliance. Et lorsque nous nous retrouvons à certains moments de notre vie ou de notre relation avec Dieu, comme des figuiers desséchés, c'est non pas que le Christ ait voulu nous maudire pour nous détruire, mais simplement que sa faim n'a rien rencontré en nous, aucune réponse, aucune intelligence de son mystère, aucune compréhension.

Alors que ce geste de Jésus, loin de nous cho­quer, ou plus exactement parce qu'il nous choque, nous réveille et nous fasse comprendre que Dieu n'agit pas par caprice mais qu'Il est Celui qui se tient en face de chacun de nos cœurs comme quelqu'un qui a faim de notre amour, de notre réponse, de l'entièreté de notre liberté

 

 

AMEN