LA GRÂCE ET LA LIBERTÉ

Rm 2, 1-11 ; Mc 10, 17-22

(15 juin 1992)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette page d'évangile manifeste plus que tout autre la liberté de l'homme et le respect que Dieu a pour cette liberté. Non seulement Dieu n'impose pas ses commandements, non seulement Il n'impose pas de tout quitter pour le suivre, mais même quand Dieu aime, d'un amour privilégié : "Jé­sus, posant sur lui son regard, l'aima," mais Il l'ai­mait avant de lui parler, cet amour privilégié ne s'im­pose pas. "Le jeune homme s'en alla tout triste parce qu'il avait de grands biens !"

La dialectique qui s'établit entre la grâce de Dieu, car tout est grâce, et la liberté de l'homme, est extrêmement délicate. Oui c'est Dieu qui nous donne tout, la vie, les dons multiples qui façonnent notre personnalité, la liberté. C'est Dieu qui nous donne son appel, c'est Lui qui nous donne sa loi pour nous gui­der, c'est Lui qui nous donne même la force de répon­dre. Et pourtant, à aucun moment, ces dons de Dieu ne nous contraignent. Précisément parce que, au cen­tre des dons que Dieu nous fait, il y a le don de notre liberté C'est Dieu Lui-même qui nous donne de pou­voir, selon notre volonté libre, dire oui ou non à ce qu'Il nous propose.

Voyez quelle est la délicatesse et la finesse de Dieu dans son rapport avec nous. Il nous aime, Il nous aime infiniment, Il nous aime par un choix unique et personnel. Et parce qu'Il nous aime, Il désire que nous correspondions à ce qui est pour nous le bien, à ce qui est pour nous le bonheur, c'est-à-dire que nous répon­dions à son appel, que nous fassions tout ce qui est nécessaire pour que notre vie s'accomplisse vraiment, que nous quittions le péché, que nous le suivions, que nous vendions tous nos biens pour être tout entiers à Lui, Il le désire d'un désir infini de la toute-puissance de son amour parce qu'Il sait que cela seul peut nous combler, malgré cette certitude, malgré cette évidence qu'il y a pour Lui qu'un refus de notre part va nous précipiter dans le malheur et peut-être dans le malheur éternel, malgré le déchirement de son cœur puisqu'Il nous aime, malgré cette éventualité, Dieu ne s'impose pas à nous. A aucun moment, Il ne nous impose sa volonté, même pour notre bien, même par amour pour nous. Il nous respecte au point de nous proposer le bonheur, de nous proposer le bien, de nous proposer sa volonté de nous donne comme le plus beau cadeau la capacité de répondre librement. Mais Il accepte ce jeu terrible de la liberté, Il accepte que nous puissions briser l'amitié qu'Il veut établir entre Lui et nous, Il accepte que nous puissions dire non et à la limite un non définitif, un non éternel, Il accepte que nous choisissions l'enfer plutôt que le paradis. Et cela Il l'accepte par un surcroît de délicatesse de son cœur, de son amour.

Alors n'imaginons pas la punition, l'enfer comme un sorte de manière que Dieu aurait de réta­blir l'équilibre, de se venger de notre mépris ou de nous punir de nos péchés. Non, Dieu nous aime infi­niment, Il ne peut que désirer notre bonheur, mais Il le désire assez pour vouloir que ce bonheur nous en soyons nous-mêmes, sous l'influence de sa grâce, mais librement les architectes, les constructeurs. Alors, devant cette infinie délicatesse de Dieu, lais­sons notre cœur être touché, être ému, non pas par peur de l'enfer, non pas par peur du mal ou du péché, mais à cause de cette infinie douceur de Dieu qui se propose à nous sans s'imposer jamais.

 

 

AMEN