Rm 1, 8-17 ; Mc 10, 1-12

(12 juin 1992)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

e problème délicat soulevé par les pharisiens qui demandent à Jésus une réponse, révèle l'attitude sans ambiguïté qui peut nous cho­quer. Il est question du divorce, de savoir si l'on peut ou non répudier sa femme. Jésus a une réponse qui est de l'ordre de l'absolu ? Non seulement on ne peut pas la répudier, mais si on en épouse une autre, on com­met un péché d'adultère.

Vous le sentez bien, ce passage de l'évangile est une épreuve, une sorte de tentation, de mise à nu sur une position précise de Jésus, sur cette question précise et qui pour l'époque était embarrassante car deux écoles rabbiniques s'affrontaient, l'une autorisant le divorce et l'autre voulant faire attention à ce qui était à la base de la séparation afin de vérifier la licité de ce divorce. Le divorce ou la répudiation pouvait être simplement une sorte d'arbitraire du mari par rapport à la femme. Cela lui permettait de faire un peu ce qu'il voulait dans ce domaine, s'il trouvait une cause qui lui semblait valable pour répudier sa femme.

La réponse de Jésus est intéressante, même si elle semble un peu dure, parce que Jésus demande d'abord ce qui est écrit dans la loi de Moïse. La Loi était le premier principe de l'avancée de l'homme vers sa sanctification. Le don de la Loi par Dieu est une première étape pédagogique pour que l'homme puisse avancer, sur les chemins de cette vie, vers la véritable vie de Dieu. Or la prescription de Moïse permettait dans certaines conditions de répudier sa femme. Et Jésus note bien que c'est une prescription, c'est-à-dire ce n'est pas une loi. C'est une sorte de concession à la faiblesse humaine, ce n'est pas une parole sur ce que Dieu exige de l'homme.

Il s'agit, pour Dieu, de montrer l'absolu de son lien avec l'homme. L'Alliance entre Dieu et l'homme est irrévocable car quand Dieu s'engage, Il s'engage pour toujours, Il s'engage dans son éternité, Il s'engage dans son infinitude, Il s'engage dans sa toute-puissance. Donc Il s'engage dans l'absolu de ce qu'Il est et dans l'absolu de son amour.

Jésus renvoie l'union entre l'homme et la femme à un acte créateur de Dieu, non pas un simple "fait social", non pas à des prescriptions d'ordre quo­tidien, mais à une origine, a à une source, celle de l'acte créateur de Dieu, car l'union de l'homme et de la femme, créés à la ressemblance de Dieu, va servir à dire l'union de Dieu avec son peuple. Union qui doit se vivre dans la fidélité. Et Dieu est fidèle, même si parfois le peuple ne l'est point, même si le peuple se refuse à reconnaître le Seigneur comme son Dieu. Mais ce n'est pas parce qu'il y a faute, ce n'est pas parce qu'il y a eu faiblesse humaine, que ce qui est à l'origine du lien disparaît.

Je crois que, dans notre vie actuelle, il faut prendre conscience de cela. On parle souvent du pro­blème des divorcés-remariés vis-à-vis de l'Église. On trouve que l'Église est dure, qu'elle a un discours qui ne passe pas. C'est vrai que le discours ne passe pas. Mais l'Église n'est pas censée donner des normes qui ravaleraient ou qui seraient conformes à ce que vivent les gens d'aujourd'hui, mais elle est censée annoncer la beauté du lien qui existe entre Dieu et l'homme, donc la beauté du lien, la grandeur de ce lien qui existe entre l'homme et la femme, image, préfigura­tion et même sacrement de ce lien de Dieu avec nous.

Quand nous regardons en face de tels problè­mes, il ne nous faut pas rabaisser ces problèmes à nos propres conceptions ou à nos propres difficultés, mais voir vers ce à quoi Dieu nous fait tendre. Dans ces cas-la, il nous faut voir la morale non pas comme une prescription mais comme le bonheur auquel nous sommes appelés. Et ce bonheur, chacun prend les moyens qu'il peut pour l'obtenir. Les uns iront en concorde, d'autres en train, d'autres en trottinette. Le tout est de se diriger vers la plénitude de ce bonheur, vers la plénitude de l'amour auquel Dieu nous appelle. Peu importe notre situation. Le principal est de vivre dans la vérité ce que nous avons à vivre par rapport à Dieu. Et donc de l'appel qu'il fait à nous laisser trans­figurer, même dans les faiblesses de notre vie, pour que nous soyons signes de son amour.

Si nous regardons bien dans l'histoire du des­sein de Dieu, il y a eu toujours des situations impossi­bles et difficiles, à commencer par la vierge Marie qui enfante "sans avoir connu un homme". Elle a vécu cette mise hors normes de la société comme un don d'amour auquel Dieu l'appelait. Sachons donc vivre nos difficultés matrimoniales ou conjugales, même si elles ne sont pas à un top niveau de la morale chré­tienne, comme un appel à vivre en creux cet amour dont nous avons manqué, comme un vide que Dieu viendra combler dans son immense miséricorde.

 

 

AMEN