LENTEUR DU DÉVOILEMENT

2 S 14, 25-26 et 2 S 15, 1-6 ; Mc 4, 26-34

(7 février 1992)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l ne leur parlait pas sans paraboles et Il expli­quait tout à ses disciples. "

La parabole choisie par le Christ pour décrire la force du Royaume de Dieu qui a commencé à pousser avant nous, qui pousse avec nous et qui nous emmène jusqu'à la fin des temps, puisque tel est le sens de la parabole du grain qui pousse tout seul, la parabole n'est pas un style littéraire ou un style oratoire que prend le Christ pour faire un détour, pour nous donner des images plus faciles à avaler qu'une théorie. Ce n'est pas un détour de la pensée du Christ, c'est une façon d'imprimer précisément en nous ce qu'est le Royaume. Et pour cela Jésus utilise notre expérience de la terre, de ce monde. Il ne nous donne pas accès à une connaissance de style différent pour que nous connaissions les choses célestes. Les choses célestes se laissent connaître par le monde, par la terre, par les lois de la terre. La graine, l'arbre, les oiseaux, ce que Paul Ricœur va appeler "l'extravagance des parabo­les". Parfois la logique y manque, la logique même naturelle, et pourtant nous acceptons la part d'irra­tionnel ou d'illogisme de ces paraboles car nous y discernons, nous sentons le sens, la direction que prennent ces paraboles, pour nous faire découvrir progressivement ce qu'est le Royaume.

Et ajouter une explication à une parabole, c'est faire descendre la parabole de la hauteur où elle est, de cette hauteur à laquelle le Seigneur nous invi­tait pour nous faire contempler le mystère qu'Il vou­lait ainsi nous faire découvrir. Car la parabole c'est une hauteur. La parabole, si elle prend racine dans l'expérience sensible de cette terre, si elle semble vraiment terre à terre et très pratique, elle fait prendre à notre être une hauteur, hauteur à partir de laquelle nous pouvons contempler le mystère de Dieu.

Nous avons souvent l'impression qu'il faudrait ajouter à la parabole une explication presque concep­tuelle pour prendre un peu racine, pour prendre un peu pied avec notre esprit. Or si nous nous laissons guider par l'image elle-même, par cet apparent détour, c'est justement pour être hissé à un niveau de sens, pour pouvoir sentir ce Royaume de Dieu plus proche de nous et de ce point de vue le contempler et non pas se l'approprier. Car la parabole déracine en nous toute capacité de possession, de connaissance du Royaume pour que nous puissions le découvrir par les yeux de la contemplation.

Alors le Christ a utilisé de nombreuses para­boles pour nous ouvrir les yeux, pour nous apprendre à regarder et à contempler l'œuvre quotidienne de Dieu dans notre vie. Demandons que nous recom­mencions à ouvrir les yeux pour découvrir, non pas en le comprenant, non pas en le possédant, la façon dont Il prend possession de nous chaque jour, la façon dont Il nous hisse prés de son mystère. Ainsi nous pour­rons voir le Royaume de Dieu croître en nous et dans notre Église.

 

 

AMEN