LE PÉCHÉ NON REMIS

2 S 13, 15-22 ; Mc 3, 20-35

(4 février 1992)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

a réaction ne se fait guère attendre. Déjà au début de l'évangile de saint Marc, la façon dont Jésus se comporte suscite de la haine de la part même de sa parenté proche et surtout des scri­bes qui l'accusent d'être un démon puisqu'Il expulse les démons des autres.

La façon dont l'évangile s'articule aujourd'hui en trois petites péricopes, avec au centre ce fameux blasphème contre l'Esprit saint qui ne peut être remis par Dieu veut prouver que l'homme peut faire naître une haine, une violence, un enfermement, un repli que Dieu ne peut sauver. Il n'est pas dit que Dieu ne nous pardonnera pas le blasphème contre l'Esprit Saint, il est dit : "ce péché-là ne sera pas remis !" C'est dire que ce qui peut naître de notre cœur ne dépend pas de Dieu et finalement qu'Il n'est pas en son pouvoir d'al­ler contre notre liberté si nous décidons que Dieu ne nous sauve pas, si nous refusons, et c'est là le blas­phème contre l'Esprit Saint, de reconnaître dans les œuvres de Dieu l'amour qu'Il a pour nous.

On pourrait presque paraphraser l'évangile en disant que finalement il est moins grave de ne pas reconnaître immédiatement que Jésus est le Fils de Dieu et qu'il est bien plus grave et impardonnable de ne pas reconnaître l'amour de Dieu. Avec cet évangile qui pose une limite au pardon, nous sommes invités à reconnaître cet amour de Dieu. La limite nous la connaissons entre nous lorsqu'une personne refuse le pardon, il est impossible de le lui imposer. Vous le vivez vous-mêmes entre vous, vous qui êtes au lycée ou au collège. Lorsque le cœur de l'autre est fermé, est comme fermé à l'intérieur, comme si nous avions des verrous à l'intérieur et que nous tirions ces verrous lorsque nous refusons d'entendre toute parole de par­don, de confiance ou d'amour. Il nous faut un certain temps pour tirer ces verrous et accepter qu'une parole nous atteigne, nous console ou nous amène à avouer notre faute.

Il y a donc dans le cœur humain une chose terrible qui est la façon dont nous nous enfermons. Et nous pouvons non seulement nous enfermer sur nous-même contre les autres mais aussi contre Dieu. Et Dieu n'a pas de clé pour ouvrir ce cœur-là, car la main de Dieu qui est tendue suppose que nous laissions entr’ouverte la porte de notre cœur. Et voilà l'enjeu assez dramatique : c'est que Dieu ne nous contraindra jamais, Il ne forcera pas les portes de notre cœur, mais comme le dit l'Apocalypse, Il frappera toujours comme un mendiant. Et un mendiant ne frappe pas fort aux portes du cœur. Le bruit de sa main contre la porte fait peu de bruit et il faut l'entendre et le guetter Dieu ne vient jamais comme un vent violent, comme une bourrasque, renverser notre maison. Il est beau­coup plus léger et beaucoup plus délicat que cela et il faut avoir tendu l'oreille, il faut avoir attendu pour guetter et recevoir sa venue.

Demandons au Seigneur que notre cœur ne se referme pas, que le péché qui peut naître dans nos cœurs ne fasse pas naître en nous la volonté de nous replier, de nous couper des autres, de refuser leur amour ou la vie de Dieu. Mais, quel que soit notre péché, que nous acceptions de recevoir du Seigneur ce regard de miséricorde qui jamais ne nous condamne, car c'est nous-mêmes qui nous condam­nons, pour qu'Il reste à tout jamais notre Père plein de tendresse et de pardon comme Il se veut pour chacun de nous.

 

 

AMEN