VEILLEZ !
Ap 20, 11-15 ; Mc 13, 33-37
(25 novembre 1991)
Homélie du Frère Michel MORIN
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'est par ces quelques recommandations du Seigneur Jésus que s'achève le discours eschatologique dans l'évangile de saint Marc, ce chapitre treizième qui est un peu l'Apocalypse du deuxième évangéliste.
Jésus s'adresse d'abord à ses disciples et Il leur dit : "Veillez !" puis Il s'adresse à tous et Il leur dit également : "Veillez !" Or cette recommandation ultime, Jésus la donne au moment même où Il va entrer dans sa Passion et dans sa Pâque, puisque immédiatement après ce passage commence, en saint Marc, le récit de la Pâque de Jésus. Le chapitre treizième qui s'achève ainsi est à la fois très tourmenté, annonces de douleurs, d'enfantement du monde, de destruction du Temple, de tribulations pour Jérusalem, de persécution et de trahison à l'intérieur même des relations humaines, à l'intérieur même de l'existence de l'humanité. Et au milieu de ces bouleversements Jésus annonce sa venue glorieuse, mais elle sera signifiée aux hommes de façon symbolique à travers la parabole du figuier, puis Jésus en vient à la recommandation de veiller.
Lorsque Jésus demande à ses disciples de veiller, c'est parce que Lui-même entre dans la veille pascale, la vigile pascale. C'est parce que Lui-même va entrer dans la nuit de sa mort, dans la nuit de sa souffrance, c'est parce que Lui-même, comme le Temple le sera, va être détruit dans son corps, c'est parce que Lui-même va entrer dans la grande tribulation, c'est parce que Lui-même va entrer dans la trahison et vivre ainsi le premier élément des douleurs de l'enfantement du monde nouveau. Donc, pour les disciples, il s'agit de veiller dans les jours qui vont venir. Et Il leur dit bien : "Vous ne savez pas quand le Fils de l'Homme viendra !" car Il va leur signifier symboliquement et les disciples ne le comprendront qu'après, qu'en définitive, à chaque heure de la nuit pascale, le Christ va venir, que ce soit quand Il sera livré le soir, lorsqu'Il sera jugé à minuit, lorsqu'Il sera renié par Pierre au chant du coq, ou le matin de Pâques dans sa Résurrection. A chaque heure de la nuit pascale, à chaque heure de ce grand enfantement du monde nouveau, le disciple doit veiller parce qu'à chaque instant le Seigneur vient le rejoindre. Il vient à l'improviste, c'est-à-dire d'une manière déconcertante, d'une manière déroutante, tant et si bien qu'à l'instar de Judas ou de Pierre, parfois l'accueil ne se fera pas mais ce sera au contraire le rejet ou la trahison.
Et ceci s'adresse aussi à nous. Nous ne sommes pas les témoins de la Pâque historique du Christ, mais Jésus nous dit bien : "Ce que Je vous dis à vous" de veiller, "Je le dis à tous : "Veillez !" Et cette deuxième invitation à la vigilance est pour nous. Mais nous devons la vivre comme les disciples ont été appelés à la vivre dans la vigile de la Pâque du Christ. Cette vigile de la Pâque du Christ, c'est le temps d'aujourd'hui, c'est tout ce temps fait parfois et bien souvent de ténèbres, de bouleversements, d'inquiétudes en définitive de tous ces événements qui nous atteignent au plus fort de nous-mêmes et qui sont fait non pas pour nous détruire mais pour que nous puissions prendre conscience qu'à travers tout cela, de façon déroutante, à l'improviste, Jésus vient toujours pour nous sauver. Jésus vient toujours pour nous appeler. Jésus vient toujours, parfois là même où nous sommes en train de le livrer ou de le trahir. A toute heure de la vie du monde, à toute heure de notre vie personnelle, il y a toujours cette venue du Christ à l'improviste.
Et en définitive, la veille, la vigilance est une activité de tout l'être humain essentiellement de son cœur, pour discerner les traits du Seigneur, pour discerner la venue du Seigneur, pour aller au-delà de l'événementiel de sa propre vie ou de la vie du monde, pour y discerner et y accueillir un autre événement, celui de la Résurrection du Christ, celui de la présence du Christ, celui de l'amour et du salut du Christ. C'est ainsi que nous devons ne pas nous endormir. Nous devons ne pas nous endormir. C'est vrai que, ballottés dans les tempêtes de l'histoire du monde ou de nos histoires personnelles, nous avons la tentation de descendre au fond de la cale, de nous mettre dans notre couchette et de nous boucher les oreilles pour ne pas être atteints par cette vie du monde. Cependant, tous ces événements, et particulièrement les événements difficiles, les événements douloureux sont pour nous l'occasion d'ouvrir notre conscience, sont pour nous l'occasion de réveiller notre cœur, non pas pour y reconnaître quelque chose de bien, non, mais pour reconnaître qu'à travers ces événements-là comme à travers ceux de la Pâque du Christ, Lui, Il vient nous rejoindre, Lui, Il vient nous sauver, Il vient nous appeler à la vie.
Frères et sœurs, nous sommes les portiers. Jésus dit : "Le maître a confié au portier de veiller." Et aujourd'hui Jésus nous dit : "Veillez !" Nous sommes les portiers de son Royaume. Nous devons ouvrir notre porte à sa venue et nous devons également essayer d'aider nos frères à reconnaître que, dans tous les moments de leur vie et surtout peut-être les plus douloureux et les plus difficiles, Jésus ne manque pas de frapper à leur cœur pour que, eux aussi, avec nous, entrent dans cette grande vigile, dans cette grande veille, dans cette grande attente, parfois difficile et souvent douloureuse mais fondamentalement heureuse de la venue du Seigneur qui ne cesse de se manifester, de façon partielle certes mais de façon réelle, et qui nous prépare ainsi à cette apparition grandiose lorsque tout voile, toute obscurité, toute opacité se déchirant, nous le rencontrerons face à face.
AMEN