ÉCOUTE ET CHANTE
1 S 20, 35-42 ; Mc 7, 31-37
(19 février 1990)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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u début du monde, Dieu avait saisi un peu de glaise qui n'était que sourde et muette et en avait fait l'homme. Et le mettant à part dans un jardin, l'isolant de ce premier ordre que Dieu avait voulu donner au chaos primordial, comme le protégeant par sa tendresse, Dieu avait façonné cette glaise comme un potier pétrit l'argile. Il avait façonné un cœur à son image, Il avait façonné une personne à l'image de sa personne. Il avait mis en lui tout ce qu'il fallait pour en faire un partenaire. Il avait touché ses oreilles pour que cet homme entende les merveilles de sa Parole de Dieu. Il avait touché sa langue pour que l'homme réponde à cet amour que Dieu lui transmettait par sa Parole. Les oreilles et la langue sont les moyens de recevoir et de donner. La règle de saint Benoît commence par : "Ecoute !" le moine est d'abord une oreille et ensuite il est une voix : "Ecoute et chante". Il est celui qui entend, qui se fait réceptacle forgé jour après jour sous la Parole de Dieu et puis qui proclame ce qu'il a entendu, ce qui s'est forgé en lui-même.
Etre une oreille pour la Parole de Dieu. Lorsque Jésus prend à part ce sourd-muet, Il recommence les gestes du Père. Il insuffle dans cette vie inerte un peu de la vie de Dieu. Il met de la salive et recommence à récréer l'homme abîmé par le péché et arrêté dans le cheminement de sa vie. Ces deux événements se font l'écho l'un de l'autre. C'est pour cela que ce petit passage d'évangile se termine par une proclamation de l'avènement du Royaume. "Il a fait des choses merveilleuses : les sourds entendent et les muets parlent" Cela signifie l'avènement du Royaume des cieux, pour la simple raison que l'évangile de saint Marc a pour arrière-fond les prophéties d'Isaïe qui signifiaient déjà que le Messie serait précédé de ce signe : "Les aveugles voient, les sourds entendent, les muets vont parler." Quand saint Marc reprend ces termes, c'est pour dire que le Messie est là.
Et Il est vraiment Messie, Il est vraiment l'Envoyé en ce sens qu'il reprend à son compte les gestes qui n'appartiennent qu'à l'intimité de Dieu. A tel point que dans cet évangile il est aussi souligné comment Dieu voudrait le secret comme pour une chose qui appartient au paradis d'Eden et ne peut pas être proclamée à cor et à cri, mais peut seulement être entendue par une véritable oreille et proclamée par une véritable bouche. Car il y des bonnes et des mauvaises bouches et il y a des bonnes et des mauvaises oreilles. Dieu recrée une oreille bonne à la Parole de Dieu et rend l'homme capable d'entendre de nouveau la Parole de Dieu et de lui répondre, de s'en faire l'écho.
Quand la foule qui entoure Jésus dit qu'Il a fait des miracles, ce sont de mauvaises bouches et de mauvaises oreilles, bouchées par leur péché, par l'aveuglement du miraculeux. L'eucharistie va venir toucher notre bouche. La Parole de Dieu entendue a déjà touché nos oreilles. Qu'elles fassent de nous des hommes qui entendent réellement, qui mâchent réellement cette Parole pour recommencer cette histoire voulue par Dieu que nous avons arrêtée. Que notre oreille se fasse vraiment capable d'entendre cette Parole. Que notre être intérieur sache y répondre par notre bouche.
AMEN