LE DÉMONIAQUE GUÉRI
1 S 16, 14-23 ; Mc 5, 1-20
(7 février 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN
|
C |
e passage de l'évangile est bien connu et l'on peut accéder à son sens de plusieurs façons. Soit, comme on le fait habituellement, à partir de l'intérieur même du texte et de cet épisode quelque peu rocambolesque, il faut l'avouer, ou alors à partir de l'extérieur du texte c'est-à-dire de la situation où il a été placé par l'évangéliste dans son évangile. C'est cette deuxième approche que je vais utiliser.
Dans l'évangile de Marc, ce texte vient immédiatement après la tempête apaisée et immédiatement avant une double guérison, guérison d'une pauvre femme atteinte d'une hémorragie et la résurrection de la petite fille de Jaïre. Ce texte est donc situé entre un miracle du Christ sur la nature, sur les forces de la nature puis un miracle du Christ sur le corps humain. Mais, plus important encore est le contexte un peu plus lointain. Avant ces trois signes, ces trois miracles significatifs, Jésus a développé son enseignement sous forme de paraboles et essentiellement de paraboles ayant trait au Royaume par l'allégorie des semences, de la croissance, de l'abondance. Lorsque le Christ donne ces paraboles, Il enseigne ce qu'Il est, mais Il ne fait que l'enseigner. Il s'adresse à l'esprit et au cœur soit des disciples, soit des foules qui sont là autour de Lui. Mais le Christ ne se contente pas d'être un Christ enseignant, d'être un Christ maître de sagesse, fût-elle la Sagesse de la vérité. Le Christ est aussi le témoin vivant de cette vérité qu'Il annonce et qu'Il enseigne. Dans l'ordre de la vie, un enseignant donne ce qu'il connaît, mais il n'a aucun pouvoir de transformation sur ce qu'il dit. Le Christ enseigne cette vérité et Il a le pouvoir pour manifester, de façon concrète et consubstantielle cette vérité.
Au fond, ici pour saint Marc, s'accomplit cette parole du Prologue de saint Jean qui est, à mon sens, une des charnières non seulement de l'évangile mais de toute la foi chrétienne c'est-à-dire de toute la vérité du monde : "Le Verbe se fait chair !" Autrement dit, "la Parole s'accomplit !" ou encore : "L'enseignement se réalise de facto" et pas simplement en restant au niveau conceptuel. Lorsque le Christ calme la tempête, chasse le diable de ce pauvre homme, guérit les corps pour signifier qu'Il guérit le cœur, Il signifie simplement par ces gestes d'efficacité que la Parole qu'Il enseigne est elle-même féconde, porte elle-même sa fécondité. Et cette fécondité, c'est Lui qui la donne, c'est Lui qui en est le maître, c'est Lui qui en est le gérant, c'est Lui qui la manifeste à travers ses actes à Lui. Nul ne peut rien si ce n'est le Seigneur seul, créateur, maître des éléments, Seigneur du temps et de l'histoire, maître et vainqueur des forces adverses et Sauveur, Celui qui guérit le cœur, qui guérit le corps de l'homme.
"Le Verbe se fait chair !" c'est exactement cela le motif de notre présence ici. C'est essentiellement cela le motif de toute notre fréquentation sacramentelle, car dans tout sacrement s'accomplit cette parole de saint Jean c'est-à-dire la totalité de l'évangile : "l'Enseignement se réalise !" - "le Verbe se fait chair !" Ce que nous venons de proclamer dans cet évangile comme dans tout évangile, maintenant s'incarne dans l'eucharistie. C'est la même Parole que nous venons d'entendre, que nous allons recevoir pour nous en nourrir, parce que le Christ n'est pas simplement un maître pour notre intelligence ou notre esprit quant aux choses du Royaume, mais Il est Celui qui nous nourrit de la réalité même dont Il parle. Tout simplement parce qu'Il est Lui-même le Verbe de vérité et la chair de la vérité. Et il y a un lien indissoluble, indissociable, entre la Parole et la chair, parce que le Christ est Parole de Dieu dans la chair humaine.
Que cette eucharistie nous ouvre donc au sens de l'évangile et que l'évangile nous ouvre au sens de cette eucharistie.
AMEN