COMME UN ENFANT

Jos 8, 30-35 ; Mc 10, 13-16

(15 juin 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

a comparaison avec l'enfant nous permet de comprendre comment Jésus entend et voit ces enfants qui L'entourent.

Le premier élément nous permet de distin­guer le caractère spirituel qui, dans l'enfance, nous paraît le mieux conduire à Dieu : c'est cette capacité d'accueil qu'a l'enfant de recevoir tout du monde qui l'entoure. L'amour, intelligence le construisent et c'est en recevant ce qu'il a à recevoir que l'enfant devient "un grand" et deviendra un homme. On pourrait ré­sumer l'enfance comme une capacité de grâce perma­nente, une attente d'un don. Et souvent l'impatience des enfants montre à quel point ils sont impatients de recevoir don sur don. Encore faut-il leur apprendre à diriger leur désir et à désirer les véritables dons, ceux qui les construisent et non ceux qui sont éphémères et passagers. Ainsi la grâce donnée, c'est un don fait. Nous devons en retour de ce don nous épanouir comme des capacités de recevoir les cadeaux et les dons que Dieu nous fait. Ainsi la grâce libère toute attente, comble tout désir, ouvre et élargit le cœur aux dimensions mêmes du cœur de Dieu, aux dimensions de la grâce qu'Il veut donner. C'est un élargissement du cœur de l'homme que d'apprendre progressivement à être un homme de grâce, à être un enfant et à rece­voir de Dieu tout ce qui nous comble réellement.

Mais de tous ces dons faits par la grâce, il en est un qui est le plus curieux et finalement le moins choisi par nous, c'est celui de l'amour de Dieu. Lors­qu'un don est fait spécifiquement dans notre vie, lors­que Dieu veut intervenir de façon réelle, ponctuelle, ce qui est fréquent, même si c'est invisible, Il met devant nous une palette de possibilités, et nous avons à apprendre à exercer notre liberté en choisissant celle qui nous conviendra le mieux, mais celle que nous choisissons souvent en dernier lieu, c'est l'amour de Dieu. Dieu ne trace pas un trait droit entre deux évé­nements, entre deux faits, mais Il prend des détours et des contours et Il nous demande, alors que nous vou­drions aller rapidement à l'objet que nous avons choisi, ou obtenir rapidement ce que nous désirions, Il nous demande de prendre ce long détour qui consiste à passer par le cœur et l'amour de Dieu. Et lorsque nous voulons être exaucés, aussi noble que soit notre demande, nous préférions nettement une possibilité exercée dans ce monde, alors qu'il nous faudrait ac­cepter comme possibilité celle qui semble ne rien avoir avec l'événement en question, mais qui est de passer par ce long chemin qui est le cœur de Dieu.

Nous retrouvons là le véritable esprit d'en­fance qui accepte d'être dépossédé de tout ce qu'il est pour mieux se retrouver. Un enfant accepte d'être un apprenti. Un enfant quand on sait le prendre, peut progressivement développer son intelligence ou son affectivité si on lui apprend à les développer. Et jus­tement, il attend, avant de s'exercer lui-même, d'avoir compris, assimilé. Nous-mêmes, par le cœur de Dieu, nous avons à apprendre notre propre vie. Non par des soutiens, des étais que Dieu mettrait par-ci par-là dans notre vie pour nous aider cahin-caha à tenir le coup. Il est un chemin vraiment pédagogique vraiment pro­fond, vraiment réel et apparemment le plus éloigné de ce que nous voudrions, mais qui est l'amour de Dieu.

Choisir, pour un instant, de ne pas penser à ce qui nous fait aller, mais à ce pour quoi nous som­mes attirés. S'oublier suffisamment pour que nous puissions puiser dans un ailleurs, une Autre radicale­ment invisible, souvent silencieux, les possibilités essentielles qui, en retour, feront de nous une liberté totale, une capacité de grâce étonnante.

Acceptons ce détour acceptons ce voyage qui nous paraît plus lointain mais pour revenir à nous. Dans cette eucharistie, acceptons de devenir cette capacité réelle de la grâce de Dieu. Acceptons de pas­ser par la demeure même de Dieu pour devenir cette demeure sur cette terre.

 

 

AMEN