CE QUE DIEU A UNI
Jos 8, 14-19 ; Mc 10, 1-12
(14 juin 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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V |
ous savez que ce texte est extrêmement important, qu'il a été commenté de toutes les façons parce qu'il contient toutes les grandes lignes de la théologie chrétienne du mariage. Peut-être a-t-il. encore plus d'actualité aujourd'hui où si l'on en croit certains sociologues, il y a eu comme une sorte de véritable révolution, je ne sais pas si elle était silencieuse ou tapageuse, dans la manière de concevoir la vie conjugale et la vie familiale.
Le seul aspect sur lequel j'aimerais attirer votre réflexion c'est la manière dont le Christ s'y prend. On veut le "prendre" sur la question de l'interprétation de la Loi. Dans la Loi, il est permis à l'homme de répudier sa femme. Et comme la question est un peu une question-piège, on veut savoir quelle est l'attitude de Jésus, comme Rabbi, comme interprète de la Loi, vis-à-vis de ce point assez délicat de la permission du divorce. Or Jésus, avec une force tout à fait étonnante, qui peut-être ne nous étonne pas assez, renvoie à l'origine, à la création. Il ne veut plus que le rapport conjugal de l'homme et de la femme soit traité selon la loi de Moïse, car dit-il "c'était une concession à cause de la dureté de cœur". Désormais, Il veut que ce soit la perspective de la création qui reprenne le dessus.
Autrement dit, pour le mariage, Jésus revient au projet primitif de Dieu avant le péché. Comprenez bien !... Cela ne veut pas dire que Jésus demande cela uniquement parce qu'Il voudrait changer la législation. Dans ce cas-là, on ne ferait que changer de loi, mais Il veut que ça change de régime. Il veut que l'amour ne soit plus vécu "selon les exigences de la loi mosaïque" qui étaient des concessions, mais que l'amour humain soit vécu selon le projet primitif créateur de Dieu. Et Il entend bien en donner les moyens. C'est pour cela qu'Il est là.
C'est précisément cela que je trouve extraordinaire dans ce texte. Au fond, Jésus explique que désormais, la vie conjugale est paradisiaque. C'est exactement cela que Jésus veut dire. Désormais, lui Jésus, redonne à l'homme et à la femme la possibilité de vivre la relation conjugale selon l'ordre premier que Dieu s'était donné dans la création. Vous allez me dire que c'est d'une prétention folle et d'un irréalisme absolu parce que rien n'a beaucoup changé, dans ce domaine, ni il y a vingt siècles, ni aujourd'hui. On a même plutôt l'impression que la vie conjugale est tout sauf le paradis. Et pourtant, c'est cela que Jésus a voulu. Malgré les échecs, malgré tout ce qui peut se dresser contre cette volonté expresse de Jésus, le sacrement de mariage est le signe qui est désormais donné aux hommes pour dire ce qu'a été vraiment le projet de Dieu, dans ce paradis de la création. Et dire ainsi, à travers la vie du couple, à travers le bonheur du couple, le bonheur du paradis de la fin et de 1'accomplissement de la création.
C'est là que nous voyons la signification tout à fait particulière du sacrement de mariage. Ce n'est pas simplement une légalisation d'une situation en passant devant Monsieur le Maire ou Monsieur le Curé. Le projet chrétien sur le mariage est le projet de Dieu sur le mariage. C'est un projet qui touche immédiatement à l'essence même de ce qu'Il a voulu pour l'humanité tout entière, c'est-à-dire son bonheur, le paradis. Et l'on pourrait dire que le sacrement de mariage est "le sacrement du monde à venir", est la réalité de ce monde qui annonce sacramentellement le monde à venir. D'où son rôle extrêmement précieux extrêmement grand.
Vous me direz : il y a des tas de cas où "ça ne marche pas !" Ce n'est pas la peine d'être très doué pour le voir, c'est clair. Il y a beaucoup de cas où "ca ne marche pas !" Mais il n'empêche que, même si ça ne marche pas, c'est cela que Dieu a donné aux époux, au départ. Et la grâce du mariage, c'est cela. C'est que Dieu propose à un homme et à une femme qui s'aiment de vouloir vivre apprentissage de la rencontre de Dieu telle qu'elle aura lieu dans le Royaume à venir.
Ainsi donc le mariage n'est pas une sorte de couverture, de légalisation religieuse d'un état de fait qui serait que des hommes et des femmes s'aiment, mais c'est que Dieu prend la dignité et la beauté du couple humain pour en faire des signes du Royaume. Et peut-être que, dans notre vingtième siècle finissant, nous sommes à des années-lumière de cette conception. Peut-être que, d'une certaine manière, dans nos sociétés, nous signons l'échec de ce merveilleux projet de Dieu. Le problème n'est pas de savoir à qui la faute c'est beaucoup trop compliqué, mais tant que, au moins, on n'aura pas perdu de vue le cap de ce que Dieu a voulu et a proposé au couple humain, tout ne sera pas perdu. A nous de le dire et de le vivre.
AMEN