LA MISSION

Jos 2, 15-24 ; Mc 6, 7-103

(18 mai 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Q

uand on écoute le passage d'évangile que nous venons d'entendre sur l'envoi en mission des disciples à qui Jésus recommande de ne porter qu'une tunique et de n'avoir qu'une paire de sandales ou de ne pas s'ancrer dans une maison qui les refuse et même de secouer la poussière en témoignage contre ceux qui les ont refusés, ces phrases que saint Fran­çois et ses disciples avaient prises à la lettre, vivant vraiment cette radicale pauvreté, c'est une première lecture que l'Église nous enseigne sur la façon d'an­noncer la bonne nouvelle.

Mais nous tous ici rassemblés, qui ne sommes pas si franciscains que cela, ou qui n'avons pas for­cément la vocation franciscaine qui n'est pas pour tout le monde, nous pouvons entendre ce texte sous un autre angle et j'ai envie de le résumer ainsi : Il y a des choses qui appartiennent à Dieu et d'autres qui appar­tiennent aux hommes.

Si Jésus insiste sur un certain dépouillement pour la durée même de la mission, c'est que le premier acte de la mission appartient à l'homme : ce sont les semailles, ce sont les graines jetées dans tous les lo­pins de terre qui peuvent les accueillir. Et le second temps n'appartient pas à l'homme : c'est le temps de la croissance, c'est le temps de la germination sous le soleil, sous la pluie, sous tout ce que Dieu donne afin que le grain que l'homme a déposé en terre puisse germer.

C'est pour cela que Dieu demande que nous n'ayons pas souci du lendemain des semailles car Lui s'en porte vraiment le garant. Pour notre propre vie, cela signifie que notre audace, notre action, notre énergie pour annoncer l'évangile doit se porter dans l'immédiat, dans le quotidien pour jeter ça et là cet évangile qui ne demande qu'à grandir. Mais la crois­sance de l'évangile n'appartiendra plus à l'homme qui l'a semé, mais à Dieu qui travaille par son Esprit en chacun de nous.

Nous avons quelques difficultés à accepter le début de la mission puis à accepter qu'on nous enlève la mission. C'est comme dans l'Église : les missions sont toujours un peu provisoires et temporaires. Leurs dimensions nous échappent et sont bien plus totales que ce que l'homme pourrait envisager. Nous sommes comme un petit moteur initial qui déclenche la péné­tration de l'évangile dans la terre où il est semé. Mais c'est Dieu qui travaille les cœurs et fait germer cette foi Et là où nous perturbons souvent l'action de Dieu c'est que nous voudrions bien en contrôler la crois­sance par des engrais appropriés par un contrôle de l'ensoleillement ou de l'irrigation. Mais c'est là qu'il faut nous retirer et, dans un acte d'humilité accepter que dans le noir ou dans la nuit, dans le secret d'un cœur, Dieu travaille plus puissant que notre propre action.

C'est ce que signifie pour nous le fait de n'avoir qu'une tunique et qu'une paire de sandales. Nous sommes envoyés pour marcher. Et là où les maisons nous accueillent, nous jetterons cet évangile. Là où la maison nous refusera, nous repartirons. Nous ne sommes pas responsables du refus. Nous ne ju­geons pas le refus des gens par rapport à l'évangile. Mais nous avons au moins posé l'acte gratuit d'avoir voulu le semer et le faire entendre. Le reste de la mis­sion appartient à Dieu et non à nous. C'est à nous d'y être humbles et fidèles. C'est en cela que nous serons vraiment des disciples de Jésus, des disciples inutiles et pourtant des disciples dont le Seigneur a besoin.

 

 

AMEN