LIBÉRÉS PAR LE CHRIST

Ga 5, 1+5-6+13-15 ; Mc 11, 27-33

(15 février 1988)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

O

n peut s'étonner de cette réponse un peu dé­sabusée ou fâchée du Christ aux pharisiens qui, encore une fois, dans leur hypocrisie mais en même temps dans une certaine sincérité face à la loi qu'ils veulent pratiquer et respecter, posent une dernière question à laquelle Jésus ne répond pas. "Je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela !" Jésus ne quittera plus Jérusalem, sinon pour aller à Gethsémani, afin de monter vers sa passion. Il y a donc ici le sentiment du drame qui va se jouer, de ce cœur du Christ déjà blessé, qui se sait non compris, mal entendu et qui sans arrêt se heurte aux cœurs en­durcis, aux oreilles bouchées, aux yeux qui ne voient pas, ainsi qu'Il l'avait répété quelque temps aupara­vant, en répétant cet oracle d'Isaïe.

Parallèlement à ce texte, celui de saint Paul annonce la liberté. Il est question que nous sommes voués, comme condamnés à être libres. Saint Paul a cette phrase terrible : "C'est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Vous, en effet, mes frères, vous êtes appelés à la liberté ; seulement que cette liberté ne se tourne pas en prétexte pour la chair, mais par la charité, mettez-vous au service les uns des autres."

La liberté proclamée par saint Paul vient s'opposer à l'aveuglement des pharisiens en ce sens qu'ils se refusaient à regarder vraiment librement en face l'évidence. Et l'on comprend mieux pourquoi le Christ Lui-même refuse finalement de se défendre, comme il arrive parfois à chacun de nous lorsqu'une chose nous tient vraiment à cœur et que l'on constate que personne ne l'entend ou la comprend, on éprouve rarement le courage de la défendre jusqu'au bout, trop blessés ou déçus qu'elle ne soit pas comprise ou en­tendue comme évidence.

Jésus non pas en a assez de se défendre, mais tente une dernière fois de parler au cœur en disant : Désarmez-vous de cette attitude critique qui vous empêche de réellement voir et de réellement contem­pler ce que le cœur, lui, veut contempler en toute évi­dence. Soyez vraiment des hommes libres qui peuvent peser le pour et le contre, mais dans une vraie liberté, non contraints, sans peur, sans hésiter. Si les juifs ne répondent pas c'est parce qu'ils ont peur de la réaction du peuple qui avait proclamé Jean comme prophète et qu'ils ne savent que répondre à cette question de Jé­sus. C'est qu'ils ne veulent pas répondre avec le cœur, mais qu'ils veulent répondre simplement comme à l'extérieur d'eux-mêmes.

Et si saint Paul parle de liberté, c'est que la parole du Christ doit nous rejoindre en notre centre, là où nous sommes vraiment libres, et non pas à l'exté­rieur de nous-mêmes, comme dans une attitude hau­taine, jaugeant le pour et le contre, le bien et le mal, en essayant de louvoyer pour se frayer un chemin à travers nos propres décisions. Jésus nous invite à nous désarmer réellement afin d'entendre, dans la liberté, ce que l'évidence proclame que "Il parle au Nom de Dieu et qu'Il parle au Nom du Père."

A la suite de cet évangile, sachons reconnaître en nous ce qui se joue de la même façon lorsque nous nous refusons à l'évidence même d'un amour offert, d'une charité d'un Christ vivant dans les frères à laquelle nous opposons notre esprit critique, notre barrière, notre peur Et laissons-nous rejoindre en no­tre centre, au centre de nous-mêmes, là où nous som­mes vraiment libres pour peser, dans la charité de Dieu et celle qui nous est offerte dans les hommes.

 

AMEN