PAUVRE MAIS RICHE DE DIEU
2 Co 3, 15-4,6 ; Mc 10, 23-31
(15 juin 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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I |
l y a dans l'évangile un certain nombre de notions qui sont comme irréductibles et qui sont comme le contraire évident du Royaume de Dieu. Lorsque le Christ nous parle de pauvreté et de richesse, Il situe là comme une impossibilité totale, radicale à pouvoir entrer dans le Royaume de Dieu pour ceux qui sont riches. Et nous voilà donc au seuil d'une nouvelle dialectique, de quelque chose d'irréductible entre la pauvreté et la richesse, et seuls entreront ceux qui sont pauvres.
Il est vrai que nous avons à apprendre à nous débarrasser de nos richesses personnelles afin que Dieu les enrichisse de sa propre vie et non pas de nos propres vies à nous. Mais plus encore, dans cette opposition pauvreté-richesse, il y a une autre affirmation plus essentielle, que Dieu n'est pas le bout de la route de la vie humaine et qu'Il n'est pas non plus le fruit d'une acquisition. Comme le dirait Clavel, et finalement toute prédication se résume à cela : "Dieu est Dieu", c'est dire qu'avant d'être la fin de toute chose, Il est la source de toute chose. Et Celui qui nous met en mouvement, c'est Lui. Et Il nous met en mouvement pour l'atteindre, Lui. C'est dire que nous ne pouvons pas compter sur nos propres forces ou nos propres élans pour atteindre Dieu. Non pas que ces élans soient sans importance et que Dieu ne les contemple, ne les regarde ou ne les prenne en compte. Quand le Christ regarde le jeune homme riche, c'est le regard de Dieu sur celui qui est riche et qui pourtant, s'en va. De même, dans le passage de ce jour, avant de parler, Jésus regarde ses auditeurs et dans ce regard de Dieu il y a comme une prise en compte de ce que l'homme peut offrir de mieux, non pas offrir ses richesses, mais se prêter à la vraie richesse qui est celle que Dieu met en action. Car il ne s'agit pas d'entrer pauvre dans le Royaume de Dieu, il s'agit d'y entrer riche, mais riche de Dieu. Et c'est en acquérant la vie même de Dieu, la richesse même de Dieu que nous pouvons continuer à suivre un chemin totalement humain et pourtant le rejoindre.
Quand on dit que "Dieu est Dieu", pour nous qui vivons chaque chose dans une chronologie permanente, nous le voyons comme "au bout", dans une lumière qui doit venir. Les métaphores que nous employons, l'aurore, l'attente, la veille, sont vraies, mais elles nous situent Dieu comme un peu plus loin, toujours un peu plus loin, jamais là alors qu'Il était déjà là, bien avant que nous commencions à marcher, et qu'Il est déjà levé avant même que nous ayons appris ce qu'est l'aurore et qu'Il sera cette lumière de l'aurore, qu'Il précède toute chose, et qu'Il est là comme pour purifier ces pauvres richesses humaines qui sont infirmes, afin de les transformer en richesses divines. Il est comme le moteur irréductible. Et pour se laisser mouvoir par ce moteur, il faut être assez souple, assez léger, et finalement donc, assez pauvre. Plus nous sommes lourds d'une ambition même tout humaine et recevable, plus la façon dont Dieu va nous pousser sera plus forte. Il faut donc que nous soyons sensibles au vent de l'Esprit, au chant de l'amour de Dieu, à la puissance de sa miséricorde, pour que vraiment nous soyons totalement mus vers Celui qui est notre fin et qui est Dieu, mais c'est Lui qui nous mettra en route.
Nous, chrétiens, nous sommes dans ce monde des témoins d'un mouvement qui n'est pas le nôtre, auquel nous nous prêtons par toute notre âme, par toute vie humaine. Et tous nos talents humains doivent y participer, mais ils doivent y participer secondairement, comme s'ajoutant au rouage fondamental de Dieu, afin que ce rouage fasse circuler la vie de Dieu et la vie de l'Esprit, en nous et dans le monde. Alors, quand on dit "Dieu est Dieu" c'est affirmer que nous devons être pauvres pour devenir riches de Dieu Lui-même.
AMEN