MYSTÈRE ET PROXIMITÉ DE DIEU
He 12, 25-29 ; Mc 9, 2-13
(27 février 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ous lisions hier le texte de la confession de Pierre qui affirmait à Jésus : "Tu es le Christ!" Nous lisons aujourd'hui la révélation divine de Jésus transfiguré sur la montagne et se présentant comme tel à ceux qu'Il avait choisis.
L'évangile est comme un dialogue permanent entre Jésus, dans sa divinité et dans son humanité, et les apôtres qui sont comme éduqués, sont comme aidés à comprendre et la mission et la venue du Royaume de Dieu sur la terre, à travers la personne de Jésus Christ Un dialogue : Pierre a parlé confessant sa foi et de son côté, Jésus répond, illuminé, révélant cette plénitude de divinité qui est la raison même de cette transfiguration de son être et de ses vêtements.
Ainsi, sur la montagne, en ce lieu privilégié où déjà Dieu avait révélé son nom à Moïse dans un buisson ardent qui brûlait sans se consumer, révélant qu'Il était Lui-même cette vie, cette existence, ce "Je suis !" Jésus, à son tour, vient révéler qu'Il est Fils de Dieu, Dieu Lui-même, à travers un éclatant rayonnement de sa gloire manifestée à quelques apôtres éberlués. Et de son côté, Pierre finalement réagit bien puisqu'il propose à cette Divinité qu'il contemple de venir habiter avec lui, puisqu'il propose de planter ici une tente pour Jésus, pour Elie et pour Moïse, rassemblant en un seul lieu toute l'attente d'Israël, toute l'histoire d'Israël, toute cette divinité qui commence à percer à travers les événements du salut et qui se révèle devant lui, dans son éclat le plus total.
Certes, la Transfiguration que nous lisons c'est la révélation transcendante de la plénitude de la divinité qui éclate à travers la chair même du Christ, mais finalement mystère de transcendance mais mystère aussi de la proximité de la divinité. Je dirais même qu'elle est comme livrée aux mains de l'humanité. Ce qui est frappant, dans cet évangile, c'est que c'est non seulement la chair même du Christ qui éclate en lumière de la divinité, mais ses vêtements, qui n'ont rien de divin, eux aussi resplendissent d'une blancheur éclatante telle qu'aucun foulon n'aurait pu atteindre une telle blancheur. Des vêtements, comme si des choses qui pouvaient toucher Jésus, sont touchés par cette divinité, et eux-mêmes atteints par cette divinité. Il y a comme une contagion de cette gloire rayonnante sur cette montagne, qui, à travers la chair du Christ, à partir de la chair du Christ ou de ses vêtements, inonde les hommes qui sont en face de Lui et qui vont constituer l'Église, elle-même touchée par cette gloire.
Donc non seulement mystère de transcendance de cette plénitude de divinité, mais tout autant mystère de proximité de Dieu, de cette proximité où dans la chair humaine du Christ elle se révèle. Et plus loin encore, c'est le mystère d'un Dieu livré, d'un Dieu qui s'offre, d'un Dieu qui se donne, qui revêtant cette peau, cette chair de l'homme, vient pour être livré, pour être "exposé" à l'humanité. Et pour qu'elle resplendisse de façon si passagère et si fugitive c'est qu'elle se prépare à porter ce qui va s'opposer à cette divinité : tout le péché du monde. Et si l'évangéliste Marc rapporte ces phrases du baptême, qui sont les phrases mêmes du Père, "Celui-ci est mon Fils bien-aimé !" c'est pour signifier qu'Il est Celui qui est plongé dans l'humanité, Celui qu'on a mis dans l'eau pour être baptisé à son tour, Celui qui va donc (comme dira saint Jean) "porter le péché du monde".
Ainsi la Transfiguration c'est non seulement un mystère de transcendance, mais c'est le mystère d'un Dieu qui se livre à l'humanité et qui s'expose aux risques du péché. L'eucharistie, c'est aussi Dieu livré pour nous. C'est un Dieu partagé, un Dieu en nourriture, qui se donne afin que nous aussi, pris par cette contagion de cette divinité, nous soyons touchés, ensemencés par la divinité et que nous grandissions dans la foi, dans l'Église.
AMEN