CONFESSION DE PIERRE
He 12, 18-24 ; Mc 8, 27-9, 1
(26 février 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ierre est un de ceux à qui Jésus demande : "Pour vous, qui suis-Je ?" et c'est aussi celui à qui le Christ dit : "Passe derrière Moi, Satan !" Celui qui du fond de son âme a crié devant Celui qu'Israël attend depuis longtemps : "Oui, je reconnais en Toi le Messie qui vient sauver !" c'est celui aussi qui est confondu dans sa lâcheté, dans son erreur, et à qui le Christ demande de passer derrière, le confondant ainsi avec le prince des ténèbres, avec ce monde obscurci par le péché des hommes. Ainsi celui qui est appelé à être le premier, franchissant en quelque sorte cette petite porte de la foi, quand il s'est écrié : "Tu es le Christ !" (Ces mots sont le sommet de ces huit premiers chapitres de l'évangile de saint Marc), après ces miracles, cette multiplication des pains, Jésus fait dire enfin qui Il est, quelle mission le mène à travers les chemins de Galilée, et c'est Pierre qui, du fond de son être, qui du fond de lui-même prononce ces paroles qui ont dû étonner et interpeller les autres apôtres présents à cette scène, sera quelques versets plus loin rejeté dans les ténèbres, confondu comme Satan.
Qu'est-ce que cela signifie pour nous ? si ce n'es, et c'est le reste de l'évangile qui nous l'éclaire, que le mystère est un, le mystère de l'identité du Christ est un et inséparable de ce que le Christ va annoncer juste après. Dire que Jésus est le Christ c'est dire qu'Il souffrira, portera nos péchés, va mourir sur une croix, ressusciter, et que nous devons, nous aussi, à sa suite, souffrir, porter sa croix, mourir et ressusciter. Nous ne pouvons pas dire : "Tu es le Christ !" sans dire en même temps : "Je Te suis, portant ma croix, traçant ce sillon dans ma vie, dans mes épreuves, dans mes souffrances, traversant ce grand passage de la mort, sachant que, derrière, la lumière de la résurrection va briller."
L'acte de foi que nous posons en venant à cette messe, que nous posons dans nos prières, que nous posons dans nos demandes, que nous posons du fond de nous-mêmes, est inséparable de ce que je dois porter. Certes, il ne s'agit pas là d'une obligation morale de choisir la souffrance pour la souffrance, l'épreuve pour l'épreuve afin de se purifier de grandir et de s'élever vers Dieu, mais de comprendre la vie comme ce chemin qui imite celui du Christ. Dire, du fond de son cœur : "Tu es le Christ ! Tu es le Sauveur, Tu es Celui qui pardonne et qui vient me chercher, c'est dire : "Je Te suis !"
Pourquoi est-ce que je dis cela ? Parce que nous avons souvent tendance à exprimer nos opinions ou nos idées, et que, derrière, notre propre être ne se trouve pas engagé. En Dieu, il n'y a pas séparation d'une idée qu'on aurait de Lui et de l'acte qu'il convient de faire lorsqu'on a prononcé cette foi. La foi, en tant que telle, nous donne ces deux éléments, cette conviction profonde qu'Il est Dieu, et cette seconde conviction non moins profonde, que nous avons, nous aussi, part au salut du monde en portant cette croix. Donc ce n'est pas choisir la souffrance pour la souffrance. C'est comprendre que nous participons à ce salut du Christ, en étant avec le Christ, d'autres Christs sur ce chemin de la vie. Et c'est cela notre véritable témoignage dans ce monde que de dire aux hommes que nous connaissons Celui qui ouvre la porte qui donne sens à cette vie, parce qu'Il porte sa croix, la mienne et je suis derrière, en disant : "Tu es le Christ portant aussi la mienne !"
Et la confession de Pierre, si elle est dans l'évangile apparemment confondue quelques versets plus loin, c'est pour signifier qu'elle ne vient pas de lui mais qu'elle vient du Christ Lui-même. C'est Lui qui tient cette cohérence profonde qui est l'existence même de la foi en moi, qui fait que quand je dis : "Tu es le Christ !" cela signifie que s'enracine en moi cette conviction que je dois le suivre et qu'Il est mon chemin et qu'il est ma vie, et qu'Il est ma vérité.
C'est pour cela que Pierre est à la fois "balancé" comme celui qui prononce cette belle parole : "Tu es le Christ !" et en même temps celui qui est confondu comme Satan. Ainsi notre foi n'est pas uniquement le fruit de notre réflexion, d'un engagement, d'une idée, d'une assurance, mais elle est "Christ opérant en moi cette vie qui est de porter ma croix et de le suivre." Ainsi lorsque nous allons communier, que nous tendrons les mains vers Celui qui se veut aliment, pain et vin pour nous, sachons dire du fond de nous-mêmes, dans cette foi qui réside en Lui, dans le cœur même de Dieu : "Seigneur ! Tu es le Christ !"
AMEN