LOI DIVINE OU TRADITION HUMAINE

He 11, 9-16 ; Mc 7, 1-13

(19 février 1987)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

F

ace à ces pharisiens de la communauté juive de Jérusalem très soucieuse de la stricte obser­vance de la Loi et de toutes ses prescriptions, ce qui fait question c'est la manière de vivre des dis­ciples de Jésus. Le litige se porte, de façon plus pré­cise encore, sur une purification rituelle des mains avant de prendre le repas. Dans la réponse que fait Jésus, il y a de façon extrêmement fine ce passage de la tradition des Anciens, qu'évoquent et derrière la­quelle se placent les pharisiens, à ce que Jésus appelle "votre" tradition, ou encore "une tradition humaine" ou encore la Parole de Dieu par "la tradition que vous vous êtes transmise". Jésus fait glisser le véritable problème de la tradition dite des anciens aux façons purement humaines de vivre cette tradition. Et pour ce faire, Il évoque un des grands anciens de la tradition, le prophète Isaïe, en ce qu'il dénonce le fait que les traditions purement humaines, même quand elle sont une interprétation de la loi divine, rendent vaines la prière, le culte et tout essai de vie avec Dieu, et même rend vains les enseignements et les discours.

Jésus veut donc faire comprendre à ses inter­locuteurs qu'ils ont accommodé à leur propre goût et pour leurs propres intérêts la Parole qui vient de Dieu, en l'appelant la tradition des anciens. Cette tradition des anciens, ce n'est que leur façon trop humaine de recevoir la Parole de Dieu, trop humaine parce qu'ils vont l'utiliser pour eux et pour juger les autres. Et Jésus leur donne un exemple très précis de la façon dont ils vivent le commandement de Moïse qui fait vraiment partie de la grande tradition "Honore ton père et ta mère ! Ne les maudis pas !" Or Jésus leur signifie que par certaines actions, spirituelles en appa­rence, ils sont en train de maudire leur père et leur mère et donc qu'ils méritent la mort. Quelle est cette action ? De déclarer offrande sacrée le bien qu'ils devraient utiliser pour servir leur père et mère. Décla­rer une offrande sacrée c'est-à-dire que la fortune n'est plus imposable (ce qui est assez intéressant) et ensuite qu'on ne peut pas en faire autre chose que de la don­ner au Temple, au trésor du Temple dont ils sont eux-mêmes les boursiers et les financiers. Voilà comment une "grande tradition" est transformée, est "humani­sée", rendue perverse, avec un rituel sacré, celui de l'offrande au trésor du Temple.

Ceci nous pose à nous-mêmes cette question : Que faisons-nous de la Parole qui vient de Dieu ? Que faisons-nous de cette tradition des anciens, des an­ciens du premier Testament, ou de l'évangile ou de l'Église ? Cette tradition qui nous a été transmise, qui est la Parole vivante et efficace de Dieu, qu'en fai­sons-nous quotidiennement ? Est-ce que nous ne sommes pas tentés, à cause de notre côté un peu pha­risaïque et hypocrite, de l'utiliser pour nous-mêmes ? de la transformer en tradition purement humaine à caractère extérieur religieux ? Et cependant, nous nous en servons peut-être pour nos propres intérêts, et bien souvent nous la réduisons à la façon dont nous-mêmes vivons cette Parole de Dieu, et nous en profi­tions, comme les pharisiens, pour juger les autres, ceux qui ne se lavent pas les mains, comme nous, avant de manger.

Jésus nous dit que si cette attitude habite no­tre cœur, c'est que nous sommes très loin de Dieu, tout en parlant toujours de Lui et en utilisant sa Pa­role, que le culte que nous rendons, personnel ou communautaire, est rendu vain, que l'enseignement que nous donnons, comme le dit Jésus, ce n'est que préceptes humains, c'est-à-dire nous rendons stérile la force de conversion et de salut de la Parole de Dieu pour notre propre cœur et aussi pour le cœur de nos frères. Jésus nous dit : C'est votre cœur qui doit être avec Moi et pas seulement l'extérieur, pas simplement ce qui est humain, c'est-à-dire ce qu'il y a de moins bon dans notre propre vie. Or, dans ce passage d'Isaïe, le cœur ce n'est pas une question d'affectivité ou de sentiment, c'est le lieu même de la décision, c'est le lieu même de notre volonté, de notre adhésion à la Parole de Dieu, c'est le lieu où nous devons nous atta­cher à la Parole de Dieu et non pas l'attacher à nous pour en faire ce que nous en voulons.

Que le Seigneur par sa présence dans sa Pâ­que qu'Il veut bien, une fois encore, nous révéler en se livrant Lui-même, éclaire notre propre cœur et fasse en sorte qu'a chaque instant de notre vie nous ne soyons pas ces hypocrites qui utilisons, qui parlons de la Parole de Dieu sans que celle-ci puisse nous attein­dre parce que nous mettons entre elle et nous notre propre jugement.

 

AMEN