-1LA COMPASSION

He 9, 15+24-28 ; Mc 5, 21-43

(9 février 1987)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

V

oilà un récit riche en couleurs, où les gens vont, viennent, craignent, prennent peur, appellent au secours. Celle-ci est pleine de crainte et de foi et s'accroche aux vêtements de Jésus. Les autres rejettent car ils doutent que Lui puisse re­mettre les péchés. Enfin cette mort, cette souffrance, toutes ces maladies, tous ces hommes, ces infirmes, ces handicapés autour de Jésus, et Jésus, vraiment, au milieu d'eux. Au milieu d'eux, comme de plain-pied avec la maladie. C'est pourquoi l'hémorroïsse, celle qui perdait ce sang, a compris qu'il suffisait de tou­cher le manteau du Christ pour être guérie. Car le Christ ainsi présent devant elle, le toucher de son manteau suffit.

Jésus, Fils de Dieu, présent, comme en com­munion avec les gens qui l'entourent, comme ému de compassion pour les gens qui souffrent. Dieu, présent au milieu de la maladie.

Vous tous, frères et sœurs qui, comme moi, accompagnez des malades, ou qui visitez des malades ou qui soignez des malades, vous savez comme il est difficile de consoler, et comme nous nous trouvons souvent impuissants, rejetés en arrière, devant celui ou celle qui souffre et qui est seul. Car il y a une chose difficile et indestructible qui est la solitude de la maladie, la solitude de celui qui souffre. C'est comme un mur infranchissable, c'est comme une bar­rière que personne, même apparemment l'amour et l'amitié ne peuvent franchir, elle est là, en face, seule dans son angoisse et sa souffrance, et parfois elle y restera jusqu'à la fin.

Quand l'évangile nous dit "Christ présent", c'est qu'effectivement Il vient contrecarrer et détruire cet isolement. De fait l'Ancien Testament avait bien compris que le "grand tort" de la maladie, mais en même temps il l'avait assimilée au péché, c'était de manifester "l'abandon de Dieu". Il voyait dans la ma­ladie comme l'abandon de Dieu, et qui dit abandon de Dieu dit péché, et qui dit abandon de Dieu dit isole­ment. L'Ancien Testament avait encore à mûrir pour comprendre et faire entendre le cri de Job qui refuse que la souffrance soit égale au péché que j'ai pu commettre. Il y a disproportion entre la souffrance du monde et le péché des hommes. Mais l'Ancien Testa­ment que la maladie isole chacun des malades et cha­cun de ceux qui sont dans l'infirmité.

Et le Christ vient justement, non pas du haut de sa science ou de sa gloire, guérir, achever, embel­lir, mais Il vient au même niveau que les malades, être avec eux, présent. Non seulement Il vient guérir, mais Il vient prendre sur Lui les souffrances et les mala­dies. Il vient "porter", et derrière ce mot porter on entend la proclamation de Jean-Baptiste : "Voici l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde !" Voici Celui qui va tout porter sur Lui et qui l'emmè­nera jusqu'au bout de sa souffrance à Lui, afin de tout étreindre définitivement dans sa propre mort, pour l'amener à la gloire de sa Résurrection.

Frères et sœurs, le Christ communiant, compatissant c'est ce Christ-là qu'il nous faut confesser auprès de ceux qui souffrent et qui sont malades. Non pas tout le reste, mais simplement essayer de dire, parfois sans un mot, que quelqu'un plus fort que celui qui est présent est vraiment avec elle, au milieu de sa souffrance, et qu'un jour elle le reconnaîtra comme si elle-même se trouvait portée par le Christ. C'est là le mystère même de la compassion, c'est le mystère même de cette croix, de ce Christ à qui, finalement, nous pourrons dire un jour : "Oui, vraiment, nous n'avons rien à t'apprendre. Tu as tout connu sur terre !"

 

AMEN