DIEU EST FIDÈLE

Jr 2, 1-13 ; Mc 12, 1-12

(26 juin 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

es deux textes que nous venons d'entendre ont ceci de commun qu'ils dévoilent la ligne pro­fonde de notre relation avec Dieu et ce n'est pas toujours très réjouissant. La manière dont cela se passe est presque toujours celle-ci : plus Dieu donne, plus nous défigurons le don de Dieu, mais cela ne désespère jamais Dieu qui donne encore, et de notre part, cela ne nous désespère pas de rester pécheurs.

Pour Israël, Dieu a toujours été fidèle. Il a toujours donné de plus en plus, plus encore que lors­qu'Israël était au désert. Mais précisément, quand Israël était au désert, il n'avait rien que son Dieu. Et au fur et à mesure qu'Israël s'est installé sur sa terre Dieu l'a comblé. Il lui a donné une terre, de la nourri­ture en abondance, des institutions Il lui a donné de quoi faire face à toutes les nécessités de l'existence, et progressivement, ce don est pour ainsi dire "récu­péré", repris pour son propre compte par Israël et fi­nalement défiguré. Et quand Jérémie annonce tout cela la catastrophe est imminente. Il sait qu'Israël ne mourra pas dans l'épreuve de son exil, faute d'amour de la part de Dieu, mais au contraire à cause de l'ex­cès même de l'amour de son Dieu. Car tout ce que Dieu avait donné était pour édifier, pour affermir Israël dans sa foi, dans sa confiance. Et en réalité, à tout moment, Israël a repris cela pour se donner confiance en soi-même et s'établir ainsi sur de fausses sécurités qui ne tarderont pas à trahir la fragilité considérable d'Israël face à son Dieu.

Dans l'histoire des vignerons homicides, c'est la même chose. La vigne est confiée à Israël. Israël travaille dans l'œuvre même du Seigneur, dans le don de la grâce du Seigneur. Et Dieu ne cesse d'envoyer les prophètes pour révéler à Israël la grandeur de cette prédilection divine. Et même dans le don des prophè­tes Il ménage une gradation, puisque, ultimement, Il se réserve d'envoyer son Fils qui est le Don le plus précieux. Mais on dirait que, plus Dieu donne, plus l'homme est prêt à abîmer ce don, à le détourner de sa véritable finalité, et de l'exploiter uniquement à son propre profit contre Dieu.

Cela est toujours extrêmement révélateur de notre propre histoire. Si nous devions écrire l'histoire de notre cœur, nous nous apercevrions qu'elle n'est guère différente de celle d'Israël. Nous nous aperce­vrions que, tout au long de la vie, cette fidélité cons­tante de Dieu est restée auprès de nous, qu'elle s'est enracinée de plus en plus profondément, que Dieu nous a donné de plus en plus au fur et à mesure que nous grandissions et que cependant, à tout moment, nous-mêmes nous n'avons pas su reconnaître le don de Dieu, que nous-mêmes, à tout moment, nous l'avons détourné de sa véritable fin, au lieu que tous ces dons de Dieu, toutes ces grâces de Dieu, dé­ployées au jour le jour, soient pour nous source d'une véritable communion avec Lui, à tout moment, nous avons détourné cela à notre propre profit.

La plupart du temps, quand nous devons nous reconnaître pécheur, nous nous trouvons toujours un peu sec, en pensant : "Mais je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas quel est mon péché." Si nous voulions prendre un peu la mesure de notre péché, il ne fau­drait pas seulement le mesurer sur tel ou tel acte, tel ou tel défaut de caractère, de sensibilité, de dureté ou de tout ce qu'on voudra, mais il faudrait précisément mesurer notre péché à cette histoire des vignerons homicides, à cette manière dont nous recevons si mal la grâce de Dieu, à cette manière et cette facilité éton­nante que nous avons pour récupérer tout cela à notre propre profit et ainsi fausser, diminuer toutes nos véritables capacités de communion avec le Seigneur qui nous sont ainsi données au jour le jour.

Que ces paroles du Seigneur Jésus et du pro­phète Jérémie soient pour nous l'occasion d'une conversion de notre propre cœur et que nous mesu­rions d'autant mieux le don de Dieu que nous savons en vérité, reconnaître la misère avec laquelle nous l'accueillons si mal.

 

AMEN