LA PRIÈRE

Est 7, 1-10+8, 1-8 ; Mc 11, 11-25

(21 juin 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

ésus eut faim, mais le figuier était stérile, Jésus est entré dans le Temple, mais le temple était encombré de tables de commerce et de chan­geurs. Si vous n'avez pas la foi, vous ne transporterez pas les montagnes car vous hésiterez.

Ces quelques paroles du Seigneur sont prises dans un contexte où Il veut nous révéler que notre vie, comme le figuier, sera stérile, même si elle a l'appa­rence d'un beau feuillage, que notre vie sera un tem­ple qui vient de Dieu mais encombré de choses non nécessaires, que notre vie ne portera pas de fécondité et sera incapable de vivre les transformations et les conversions nécessaires, si elle n'est pas quotidienne­ment, continuellement alimentée par la prière.

La prière, un chrétien ne peut pas s'en passer, la prière est cette rencontre personnelle, intime, privée entre un fils de Dieu et son Seigneur. Si chacun et chaque jour, et un bon moment du jour, n'est pas ca­pable d'aimer Dieu gratuitement dans la prière, il ne pourra pas reconnaître la présence de Dieu dans son frère. Si un chrétien ne rencontre pas profondément et assez longtemps son Seigneur dans la prière, il ne peut pas prétendre rencontrer les hommes pour ce qu'ils sont, car l'amour des autres, la connaissance des autres leur vraie connaissance et l'amour véritable ne peuvent pas exister sans cet acte profond et quotidien de la prière.

Notre vie a l'apparence d'une grande fé­condité, d'un temple bien construit, parce que nos connaissances sur Dieu peuvent être très développées et bien en place, parce que nous avons installé nos tables, parce que nous avons disposé tout ce qu'il faut pour que ça marche. Or le Seigneur vous dira et nous dira : "figuier stérile, tu ne porteras plus de fruit" et il chassera tout cela du cœur de notre vie.

La prière c'est une réalité difficile, je le conçois bien. Dans une vie tourmentée, intérieure­ment, extérieurement, dans une vie écartelée par tou­tes sortes d'événements, de nécessités, d'urgences, qui sont de fait très importantes, tout cela ne restera qu'extérieur et ne produira pas de fruits et en tout cas ce n'est pas ainsi que nous transporterons les monta­gnes. La prière est une tâche, elle s'apprend, c'est une réalité difficile tout simplement parce que c'est la connaissance d'un autre qui n'est pas seulement comme nous, mais qui est le tout-autre, qui est Dieu Lui-même.

Pour cela il faut du temps, il faut de la dispo­nibilité, il faut de la patience, et peut-être qu'en défi­nitive il faut aussi et d'abord, beaucoup aimer ce Sei­gneur, pour être capable de lui donner chaque jour le temps à travers lequel Il pourra nous parler de Lui, se montrer à nous et nous faire entrer dans son mystère.

 

AMEN