L'HOMME S'ATTACHERA A SA FEMME
Est 4, 1-8+15-16; Mc 10, 1-12
(14 juin 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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orsque nous entendons ce texte sur le refus catégorique que Jésus affiche par rapport au divorce, nous avons toujours tendance à penser qu'il s'agit d'abord d'une position juridique que le Christ prend en ce domaine. Et de là à penser que le mariage et l'amour humain sont essentiellement une question de législation, une certaine manière de régler les droits de l'homme par rapport à la femme et de la femme par rapport à l'homme, il n'y a qu'un pas. Pourtant cette manière de voir n'est pas exactement celle que nous dit le texte.
Quand les pharisiens viennent demander à Jésus s'il est permis de répudier sa femme, ils posent cela effectivement dans une perspective juridique. Jésus leur répond : "Qu'y a-t-il dans la loi de Moïse ?" Et ils ne pensent qu'à une solution c'est-à-dire le texte dans lequel Moïse permet de répudier la femme. Mais Jésus pense à un autre passage de la Loi de Moïse qui est le deuxième chapitre de la Genèse : "L'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme et ils ne seront tous deux qu'une seule chair !" Cela n'exclut pas la perspective juridique, mais cela lui donne sa véritable signification et son fondement.
Si Dieu a voulu qu'il y ait l'homme et la femme, c'est pour qu'ils manifestent la réalité profonde de l'amour de Dieu pour sa création. Au début Dieu crée l'homme, homme et femme, pour que, à travers l'amour de l'homme et de la femme, soient manifestés à l'infini, l'unité profonde de l'amour de Dieu avec chacune de ses créatures Et même si, à cause du péché de l'homme, à cause de la dureté de son cœur, il a fallu que Moïse donne des préceptes moins sévères ou moins exigeants, même s'ils étaient plus durs pour la femme, il n'empêche que Dieu n'a jamais démordu de son projet de faire que l'amour de l'homme et de la femme soit le sacrement, l'acte par lequel on rend visible l'amour de Dieu. Et cela dans le cœur, dans l'esprit, dans l'affection et jusque dans la chair.
Et c'est pourquoi Jésus peut dire, à la fin, que Lui-même est venu pour restaurer tout cela dans son véritable sens. Si Jésus demande qu'il n'y ait plus répudiation, ce n'est pas pour alourdir les exigences juridiques de la Loi qui pouvaient déjà paraître fort lourdes, mais c'est précisément pour replacer l'amour humain dans sa véritable perspective qui est le fait que l'homme et la femme, à nouveau, par la grâce de Jésus-Christ, par le salut qui est donné, par sa mort sur la croix, retrouvent la possibilité de manifester en toute transparence, en toute beauté, le projet primitif de Dieu que l'homme et la femme, dans leur amour, manifestent l'amour de Dieu pour le monde qu'Il a créé.
Voilà ce qu'est le fondement premier et radical du sacrement de mariage. Le sacrement de mariage n'est pas une sorte d'acte officiel de l'Église qui viendrait sanctionner avec une bénédiction un état de fait social. Le mariage c'est d'abord le fait qu'un homme et une femme sont saisis par Dieu, pour que, dans leur chair, dans leur cœur, dans leur esprit, ils manifestent, au jour le jour, l'un pour l'autre, l'un par l'autre, et ensemble à leurs enfants, qu'ils manifestent ce rayonnement de l'amour de Dieu pour sa création, rayonnement qui vient précisément habiter le cœur de leur amour.
Qu'en accueillant ces paroles qui nous sont dites aujourd'hui dans cet évangile, cela renouvelle profondément notre regard et notre cœur sur le sens même de l'amour humain et du mariage comme le Christ l'a voulu. Et que cela nous affermisse dans cette confiance et dans cette joie très simple qui consiste à accueillir tout amour comme un don de Dieu et un signe, une authentification de son propre amour pour le monde.
AMEN