PAR QUELLE AUTORITÉ FAIS-TU CELA ?

Pv 4, 20-27 ; Mc 11, 27-33

(16 février 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN

L

 

es passages que nous lisons ces jours-ci dans l'évangile de saint Marc se situent à la fin du ministère public du Christ et quand il est dit que Jésus est dans le Temple, Il n'en sortira que pour aller à Gethsémani où Il sera arrêté et conduit vers la mort. Ce qui se dessine dans ces controverses avec les responsables du peuple juif, c'est le pourquoi fondamental et essentiel de la présence du Christ au milieu du peuple juif et, pour nous, au milieu de l'histoire du monde.

Ici, les grands-prêtres, les scribes et les anciens, c'est-à-dire toutes les autorités religieuses rassemblées, posent à Jésus cette question sur l'autorité qu'Il a, personnellement ou de quelqu'un d'autre, pour faire tout ce qu'Il fait, tout ce qu'Il accomplit. Les scribes et les anciens le mettent à la question afin qu'Il rende compte des actes qu'Il pose. C'est surtout en pensant aux vendeurs chassés du Temple, évènement qui a juste précédé cette discussion entre Jésus et les grands-prêtres, c'est en pensant aux vendeurs chassés du Temple qu'ils viennent lui poser cette question. Pourquoi ? Parce que, à leurs yeux, que le Christ ait chassé d'autorité ces vendeurs du Temple, c'est une usurpation de pouvoir, car il n'y avait que les grands-prêtres et leurs délégués qui pouvaient faire la police dans le Temple et qui s'occupaient de ce qui se passait dans le Temple. Si Jésus vient de Lui-même, sans demander de permission ou de délégation à personne pour faire cet acte, son autorité vient contester celle de ces grands-prêtres, de ces scribes et de ces pharisiens.

Ceux-ci mettent donc Jésus en demeure de répondre à leur question : "Agit-il en son nom personnel ou tient-Il son pouvoir de quelqu'un d'autre ?" Le Christ ne va pas entrer dans ce genre de discussion, Il ne va pas faire de discours sur son autorité, pas de déclaration nette, rien de précis ni de définitif, comme s'ils avaient eux-mêmes de quoi répondre à leur propre question, et c'est justement cela que Jésus va leur révéler Il leur pose alors une question sur le baptême donné par Jean-Baptiste, en leur demandant : "Ce baptême, vient-il du ciel ou des hommes ?" Eux-mêmes vont réfléchir et, comme le dit l'évangile , "ils ne vont donner aucune réponse" c'est-à-dire ils vont se dérober à ce baptême et à sa signification. Ils ne veulent pas reconnaître, vis-à-vis du peuple parce qu'ils le craignent, vis-à-vis du Christ parce qu'ils ne pourraient rien faire contre Lui, et vis-à-vis d'eux-mêmes parce qu'ils seraient obligés de reconnaître leur erreur, ils ne veulent pas reconnaître que ce baptême de Jean vient du ciel, et que Jean est venu avec la puissance d'Elie pour annoncer le salut, Ils se dérobent donc à la première manifestation du salut, à ce Jean-Baptiste qui a désigné le Christ comme le Sauveur du monde.

Ainsi le Christ oblige ces scribes, ces anciens et ces grands-prêtres à reconnaître leur propre erreur. Et Il ne répondra pas à leur question puisqu'ils sont incapables de recevoir et de comprendre une éventuelle réponse. Puisqu'ils n'ont pas reçu le baptême de Jean-Baptiste, ils ne recevront pas non plus le témoignage de Celui que Jean-Baptiste annonçait, le Christ qui vient, dans sa Pâque, baptiser l'humanité pour lui rendre cette communion primitive avec Dieu.

Ceci manifeste que l'autorité du Christ vient désormais relativiser totalement l'autorité des magistrats du peuple juif. Le Christ tient son autorité du Père, en tant que Fils de Dieu, et Il n'a pas besoin de se soumettre aux autorités juives pour manifester quoi que ce soit de l'œuvre du salut, ni même des choses ordinaires de la vie du Temple. Ces scribes, ces anciens, ces grands-prêtres ont refusé de reconnaître, en Jésus, cette autorité venant du Père, Ils ont refusé de reconnaître, en Lui, son origine divine. Et c'est pour cela que, dans les textes qui suivent, ils le mèneront à la mort. Le texte qui suit immédiatement, c'est la parabole des vignerons homicides par laquelle Jésus signifiera que ce sont justement ces grands-prêtres ces scribes et ces anciens.

Cela nous rapporte au texte des Proverbes de tout à l'heure pour que nous puissions faire de cet évangile une application à nous-mêmes. "Détourne de toi la bouche perverse. Que tes yeux regardent en face !" Ces pharisiens, ces scribes n'ont pas voulu voir la face du visage de Dieu qui resplendissait sur le Christ, dans ses actions et dans tout ce qu'Il faisait par son autorité. Chaque fois que nous rencontrons la Parole de Dieu, la Pâque du Seigneur dans notre vie, nous sommes invités, nous sommes conduits à la regarder en face, à nous situer vis-à-vis du Christ dans la foi, à le reconnaître présent et agissant dans notre vie. Tout ce qui n'irait pas dans ce sens-là serait dérobade et fuite. Nous avons à répondre à la question de la présence de Jésus dans notre vie et il n'y a pas d'autre réponse que l'adhésion de tout notre cœur, de toute notre foi.

 

AMEN