LES VIGNERONS HOMICIDES

Ep 3, 5-12 ; Mc 12, 1-12

(18 juin 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Objet de toutes les convoitises

L

 

es lectures de cette eucharistie se correspondent tout à fait. Il s'agit du dessein de Dieu. Dans l'évangile, c'est le dessein de Dieu qui choisit Israël, qui le comble de l'élection de sa faveur, de sa prédilection. C'est pourquoi Israël est appelé à travailler dans la vigne de Dieu. Israël s'y installe et il pense que la vigne est à lui. Ainsi il se permet de maltraiter les serviteurs, et quand le Fils arrive "c'est l'héritier !", ils le tuent pour s'emparer de l'héritage.

Cela c'est la manière dont le Christ fait comprendre à ceux qui sont autour de Lui le drame de la Passion. Le drame de la Passion, c'est une mise à mort pour s'assurer l'héritage. Le péché d'Israël n'est pas uniquement ce par quoi il se traduit au moment de la mort du Christ, mais il traduit quelque chose qui est un péché contre l'élection, qui est le fait de penser que cette élection donne des droits à Israël face à Dieu, alors qu'en réalité, Dieu avait mis Israël pour cultiver la vigne et non pas pour la posséder. La gloire d'Israël c'est d'être serviteur.

Dans l'autre texte, Paul explique le sens de sa mission. Là encore c'est extrêmement important de bien comprendre que la raison pour laquelle Paul s'est mis à annoncer l'évangile aux païens, il n'était pas le seul d'ailleurs, ni le premier puisque c'est saint Pierre qui a commencé avec le centurion Corneille, mais Paul fait bien comprendre que s'il se met à annoncer l'évangile aux païens, ce n'est pas parce qu'il serait comme dégoûté d'Israël et que par une sorte de goût de la démocratisation de l'évangile considérerait qu'il faut qu'il soit à la portée de tout le monde. La démarche de Paul est inverse. C'est parce que le dessein de Dieu est que tous les païens aient accès à l'héritage. C'est pour cela que Paul annonce l'évangile aux païens. Le mystère demeuré caché c'est qu'Israël était serviteur depuis l'origine pour qu'un jour, au jour où l'évangile serait proclamé, il soit, lui aussi, en première place, serviteur de cet évangile. Or le rôle d'un serviteur c'est de servir et de partager avec ceux qu'il sert. Ainsi Paul nous dévoile que nous-mêmes qui sommes issus de la gentilité, nous sommes aussi dans le plan de Dieu et que c'est par le ministère de Paul qui est juif lui-même que nous recevons cet évangile.

De la sorte nous n'avons pas à nous glorifier, nous non plus. Nous n'avons pas à retomber dans le piège d'une élection par laquelle nous croirions avoir des titres de propriété ou de possession sur l'évangile. A aucun moment, nous ne pouvons penser cela. D'une part, parce que nous-mêmes nous sommes venus en second. Et d'autre part parce que si nous croyons que nous pouvons avoir barre ou prise sur le mystère de Dieu et sur son économie de salut, alors nous nous trompons gravement.

Ce n'est pas l'évangile qui est notre propriété. C'est nous qui sommes la propriété de Dieu. L'héritage, ce n'est pas à nous de nous en emparer, car Dieu a eu assez de grandeur pour faire de nous son héritage. Et c'est nous qui devons entrer dans l'héritage de Dieu, non pas comme des propriétaires, mais comme des fils adoptifs et recevoir humblement cette mission de servir le Royaume, cette mission de goûter le Royaume dans l'éternelle réconciliation car le Christ, s'Il est mort, c'est pour que des deux peuples. Il n'en fasse plus qu'un seul, brisant le mur de toute haine.

 

AMEN