LE FIGUIER STÉRILE
Ep 2, 1-10 ; Mc 10, 46-52
(14 juin 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

De si beaux fruits !
|
D |
ans cette page d'évangile, deux actions du Christ sont mêlées. Il chasse les vendeurs qui ont envahi le Temple pour en faire une maison de négoce, et Il maudit le figuier qui ne porte que des feuilles alors que Jésus "qui avait faim" désirait manger ses fruits.
Je vous avoue que ce passage de l'évangile, je ne saurais pas l'interpréter parce que c'est pour moi la page la plus difficile à comprendre. Je ne vois pas très bien comment le Christ peut maudire un figuier qui n'a pas de figues quand ce n'est pas la saison des figues. Même si les figuiers ne sont pas des personnes vivantes et objets de justice ou d'injustice, il n'en demeure pas moins que c'est une attitude étonnante de la part du Christ que de se mettre ainsi en contradiction avec la loi de la nature, celle que Dieu Lui-même a donnée à ce pauvre figuier. Cette malédiction semble un peu une méprise.
Au plan du symbole, on comprend très bien ce que cela veut dire, mais il s'agit d'une action qui n'est pas purement symbolique. Pour ceux qui, comme ce figuier, se contentent d'avoir des feuilles, c'est-à-dire une apparence extérieure, de faire bonne figure et d'avoir beaucoup d'allure, mais qui, en réalité ne portent pas de fruits ou qui encore estiment que, pour eux, il y a des saisons pour porter des fruits et des saisons pour s'en dispenser, on comprend que ceux-là soient en contradiction avec le plan de Dieu, car pour quiconque est aimé de Dieu et aime Dieu, il n'y a pas de saison pour faire le bien, pour porter du fruit. C'est en tout temps que le jaillissement de la grâce au fond de nous doit produire un fruit qui soit pour les autres et pour nous-mêmes source de bonheur et de bienfait. Il est évident que se contenter d'une apparence, d'une vie tout extérieure sans vraiment être fructueux, c'est une hypocrisie, l'hypocrisie même des pharisiens que Jésus a si souvent condamnée et qui nous condamne comme ses contemporains.
Ceci est donc facile à comprendre : nous devons porter du fruit et porter du fruit en tout temps. Il n'y a pas de vacances pour Dieu. Il n'y a pas de temps où nous dire : ces temps-ci je n'aimerai pas les autres, ces temps-ci la charité n'est pas au programme, je vais me contenter de m'occuper de moi-même ou de mon apparence extérieure. Il n'y a pas de saisons pour l'amour de Dieu. En tout temps, nous devons être greffés sur cet amour de Dieu et le laisser agir en nous pour porter du fruit.
D'ailleurs le Christ tire de cet épisode du figuier un autre enseignement au sujet de la foi. Devant l'étonnement de Pierre, qui voit que la parole du Christ a été suivie d'un effet immédiat ? Jésus dit : "Si vous avez vraiment la foi, vous pouvez déplacer les montagnes" et non seulement dessécher les figuiers. Le Christ veut dire par là que, si véritablement nous adhérons à la vérité de Dieu, si véritablement nous sommes greffes sur la vie de Dieu, et c'est cela la foi, la foi c'est avoir le cœur rempli de cette présence certaine, solide, de la vérité de Dieu, alors, nous pouvons accomplir toutes sortes de choses qui apparaîtront comme des miracles, des prodiges. Non pas nécessairement que nous puissions déplacer des montagnes au sens strict ou dessécher des figuiers, mais nous pourrons faire bien davantage encore en réalisant dans notre propre cœur, et dans le cœur de ceux qui nous approchent, des miracles plus grands encore, en faisant advenir le fruit de l'amour, en faisant naître en nous-même quand ce n'est pas la saison, et naître dans le cœur de nos frères quand ils n'y sont pas disposés, le fruit de l'amour de Dieu. Car rien ne peut résister à une prière faite réellement avec foi.
Souvent nous nous heurtons, soit en nous-même soit chez nos frères, à des résistances qui nous semblent insurmontables et nous avons l'impression que rien ne pourra convertir tel cœur qui refuse Dieu ou que rien ne pourra venir à bout de tel péché qui emplit notre propre cœur et dont nous ne parvenons pas à nous défaire, c'est à ce moment-là qu'il faut creuser en nous la prière de la foi. Il faut sans cesse essayer d'aller plus loin dans notre certitude d'être aimé de Dieu. Alors le Seigneur réalisera des prodiges d'amour en nous et autour de nous car, à celui qui véritablement croit en Dieu, l'amour est donné et il est donné de façon si profonde qu'il devient vraiment rayonnant et qu'il peut accomplir des merveilles et des prodiges.
Jésus dit ailleurs : "Quand vous demandez avec foi, croyez que vous avez déjà obtenu et cela vous sera donné." Il faut, quand nous adhérons vraiment au Seigneur, que nous soyons certains de sa réponse, certains de son amour. Evidemment si nous lui demandons des fantaisies, des caprices, ceci ou cela, des choses qui n'ont pas d'intérêt, le Seigneur, peut-être pour notre propre bien, ne répondra pas à notre demande. Mais si, dans la foi, nous lui demandons humblement, dans l'adhésion à sa volonté, à son dessein profond d'amour et de bonheur pour nous et pour les autres, alors le Seigneur mettra en œuvre toute la puissance de sa tendresse, afin de réaliser ce que nous lui avons demandé avec foi.
Soyons donc des arbres qui portent du fruit et que ce fruit soit enraciné, par la foi, dans le Seigneur Jésus. Ayons confiance que tout cela nous sera donné car le Seigneur ne promet pas sans tenir ses promesses.
AMEN