LE MARIAGE, CONTRAT OU ALLIANCE
2 P 1, 2-7 ; Mc 10, 1-12
(5 mars 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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ous disons que l'histoire du salut, l'histoire de ces démêlés incessants entre Dieu et les hommes est une alliance. Mais lorsque nous pensons alliance, la plupart du temps nous faisons référence à un vocabulaire un peu juridique de contrat entre des volontés. Une alliance entre deux peuples, c'est un certain nombre de clauses que les deux peuples s'engagent à respecter l'un vis-à-vis de l'autre. Lorsque le Christ est venu, Il est venu sceller "L'alliance nouvelle et éternelle" et l'on pourrait croire qu'Il a simplement affermi ou précisé les clauses du contrat. En réalité, le mot alliance ne renvoie pas exactement à la même chose. Plus exactement, à partir du moment où le Christ vient, Il vient sceller "l'alliance nouvelle et éternelle", c'est-à-dire quelque chose de définitif et de plénier. Dieu ne se reprendra pas dans sa parole d'alliance et il faudra que, désormais, toute relation entre l'homme et Dieu passe par cette alliance définitive et éternelle.
C'est là, peut-être, que se situe le côté le plus vif de la parole que le Christ nous adresse aujourd'hui, car lorsqu'on parle de mariage, on parle aussi d'alliance. Lorsqu'on parle d'alliance, de quoi parle-t-on ? Le Christ demande à ses interlocuteurs ce que Moïse a prescrit et ils répondent en termes de contrat. Dans l'Ancienne Alliance, à cause de la dureté de cœur, le mariage est un contrat, un lien de deux volontés qui ne sont d'ailleurs pas égales, le mari a le droit de répudier sa femme, et non pas l'inverse. Lorsque le Christ dit Lui-même ce qu'Il vient apporter au monde, Il ne supprime pas l'aspect de l'accord des deux volontés, mais Il dit : "A l'origine, Dieu les fit homme et femme." Il ne renvoie plus simplement au contrat de deux volontés. Il renvoie à la réalité plénière de l'homme comme homme et de la femme comme femme, et Il manifeste, à ce moment-là, que dans le projet originel, Dieu les a voulus comme cela et les a unis comme cela. Le mariage est, à ce moment-là, non seulement le contrat de deux volontés, mais une relation qui engage totalement dans la chair. Alors, l'unité n'est plus fondée uniquement sur l'accord des deux volontés, mais sur la réalité de ce qu'est l'homme qui répond tout entier à la réalité de ce qu'est la femme, et réciproquement, dans sa volonté, dans son cœur, dans sa sensibilité, dans sa chair.
Et pourquoi cela ? Parce que le Christ vient restaurer l'humanité. A partir du moment où le Christ vient, Il propose à l'homme et à la femme de retrouver les origines de retrouver le plan primitif de Dieu. Alors, le mariage ne sera plus uniquement réductible à l'accord des volontés, mais cet accord des volontés englobera lui-même cette réalité de l'homme et de la femme qui deviendra, jusque dans leur chair, le rayonnement de la grâce et de l'amour de Dieu. Cela n'est possible que parce que Jésus Lui-même est venu. Cela n'est possible que parce que, là où l'homme avait instauré la séparation et la division par son péché, le Christ vient réconcilier l'homme avec Dieu dans une chair mortelle, semblable à la nôtre en tout point, excepté précisément le péché.
Ainsi la vocation profonde du mariage chrétien, telle que le Christ la propose c'est que, désormais, à partir du moment où l'homme et la femme s'aiment, c'est toute la réalité de leur vie qui laisse transparaître la grâce de Dieu, l'amour de Dieu qui les habite. Et cela, non seulement dans le respect du contrat, (ce qui est nécessaire, car Jésus n'est pas venu annuler la Loi mais l'accomplir), mais dans tout leur être, jusque dans les gestes en apparence les plus éloignés de ce qu'on pourrait croire être le projet créateur de Dieu, mais c'est un réflexe païen qui nous le fait comprendre comme cela. Tout ce qui concerne la vie des époux, homme et femme, devient le lieu de la manifestation de la grâce et de l'amour de Dieu.
Au cours de cette eucharistie, prions pour tous les époux chrétiens, afin qu'ils essaient de faire rayonner dans leur vie, selon le plan de Dieu, cet infini de grâce et d'amour qu'Il a déposé dans leur existence et pour toute leur existence. Prions aussi pour ceux dans le cœur et dans la vie desquels ce projet a connu des échecs ou partiels ou complets, parce que, en réalité, ce qui se passe à ce moment-là, c'est que chacun d'entre nous est interpellé dans sa foi. A savoir : même si nous, à cause de notre faiblesse humaine, à cause de notre fragilité humaine, nous n'avons pas su vivre ce que Dieu nous proposait, il n'empêche que nous le considérons, que nous le croyons malgré tout, comme valable et comme vrai. Et que même, si on n'arrive pas à accomplir parfaitement sa vocation d'homme et de femme, on s'en remet à cette miséricorde de Dieu, qui pourra nous transfigurer malgré notre faiblesse, malgré notre fragilité et malgré notre péché.
AMEN