AYEZ DU SEL
1 P 5, 1-4 ; Mc 9, 38-50
(3 mars 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN
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es quelques versets de cet évangile pourraient apparaître tout à fait disparates voire incohérents. Il y a cependant, dans ce genre de conversation un peu à bâtons rompus, une vérité unique qui fait d'ailleurs le lien de toutes ces réflexions, de tous ces éléments, et ce qui pourrait la résumer, c'est la dernière phrase : "Ayez du sel en vous-mêmes, cela vous permettra de vivre en paix les uns avec les autres!" Dans les versets qui précèdent, les apôtres étaient jaloux parce d'autres chassaient les démons, alors qu'ils ne suivaient pas le Christ."Ayez du sel !" cela veut dire : "Ne soyez pas jaloux de ce que Dieu peut faire dans le cœur des autres, même si, apparemment, ils ne sont pas du côté de Dieu !" La jalousie spirituelle est quelque chose qui nous atteint et nous mine, peut-être sans que nous le sachions. Cela n'est pas du Royaume de Dieu. Dieu est la liberté. Il a la liberté de faire dans le cœur de chacun comme Il veut, selon le caractère de chacun, Lui qui seul "connaît et sonde les reins et les cœurs." Nous n'avons donc pas le droit, personne, de porter un jugement sur la vie chrétienne de nos frères.
"Quiconque vous donnera à boire, parce que vous êtes du Christ, celui-là, en vérité, aura sa récompense !" Cette parole, adressée aux disciples, vaut pour tous les disciples. Ce que nous faisons pour l'autre, c'est pour le Christ, c'est parce qu'il est du Christ, c'est parce qu'il est aussi appelé à vivre dans le Royaume, et tout ce que nous nous faisons les uns aux autres, c'est directement au Christ même que nous le faisons, en bien (et cela aura sa récompense, même si le geste est banal, voire même inutile) ou en mal (et cela aura sa punition, comme le Christ le dit Lui-même dans les quelques versets qui suivent).
Un péché plus grand que celui que l'on fait par soi-même c'est d'entraîner l'autre dans le péché. "Quiconque scandalise l'un de ces petits qui croient ne mérite rien d'autre que d'avoir une meule au cou et d'être jeté dans la mer !" Ces "petits qui croient" ce ne sont pas uniquement les enfants, ce sont les enfants du Royaume. C'est donc chacun d'entre nous, et de façon particulière, les plus faibles, les plus pauvres, ceux dont les circonstances font que la foi est fragile, que la foi est difficile. Et le moindre péché qui aurait sa cause en nous et qui les atteindrait, mérite selon la parole du Christ, cette punition que nous soyons nous-mêmes exclus du Royaume puisque nous avons empêché qu'un de ces petits puisse vivre dans le Royaume malgré sa faiblesse, malgré sa fragilité apparente.
Viennent ensuite ces versets qui sont choquants, tant mieux ! l'évangile, de temps en temps, peut bien nous choquer ! "Il faut couper notre pied, arracher notre œil, enlever notre main, pour entrer dans le Royaume de Dieu." C'est une image, c'est vrai ! Mais, dans l'évangile, derrière toute image, derrière toute parabole, se cache une vérité. Cette vérité, c'est tout simplement celle de l'exigence de l'amour de Dieu.
Ainsi, frères et sœurs : "Ayez du sel en vous-mêmes". C'est-à-dire, si vous voulez vivre en chrétien, le Royaume de Dieu ne peut être qu'une exigence, qu'un surcroît, que quelque chose à faire en plus de ce que nous avons à faire chaque jour. Mais il faut le faire pour vivre en paix. "Vivre en paix", cela n'a rien à voir avec je ne sais quelle coexistence pacifique ou accord mutuel des deux parties. C'est vivre cet amour que Dieu répand Lui-même dans notre cœur. C'est vivre de cette charité dont Il est Lui-même la source. On pourrait résumer ces quelques versets de l'évangile par cette pensée : "Un amour sans exigence diminue, puis se perd. Par contre, une exigence sans amour décourage et stérilise." Alors, ce à quoi nous sommes appelés aujourd'hui, c'est un amour exigeant, pour que cette charité vienne inonder notre cœur et que ce soit elle qui soit le sel qui purifie nos péchés, puisque, comme l'a dit l'apôtre : "La charité couvre une multitude de péchés ".
AMEN