GUÉRISON D'UN ÉPILEPTIQUE POSSÉDÉ
1 P 2, 2-12 ; Mc 9, 14-29
(1er mars 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN

Orcival : monstre des pentures
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'est lorsque Jésus avec Pierre, Jacques et Jean descendent de la montagne où Il a été transfiguré que se déroule cet épisode de la guérison de celui que l'on a appelé l'épileptique. Lorsqu'ils descendent avec Jésus, la foule entoure les autres disciples et Marc note (il est le seul des synoptiques à noter cela) que la foule est saisie de stupeur en voyant Jésus. Ce mot stupeur, stupéfaction, étonnement très fort, on le retrouve à deux autres endroits dans son évangile, au moment de l'agonie du Christ où Lui-même est frappé de stupeur, et au moment où les femmes vont au tombeau et le trouvent vide. Marc note cela comme s'il voulait dire que déjà, la foule, les gens perçoivent sur le visage du Christ, ce qui vient de se passer sur la montagne et que les trois disciples ont vu : la manifestation de sa gloire, comme si Jésus, en descendant de la montagne de la Transfiguration, ressemblait à Moïse qui reflétait encore sur son visage la gloire qu'il avait contemplée sur la montagne, si bien que les israélites ne pouvaient pas le regarder face à face.
Les disciples sont en train de discuter avec les scribes qui sont là, à propos de cet enfant qu'ils ne peuvent pas guérir. Le père de l'enfant s'en étonne. Il a apporté son enfant malade aux disciples de Jésus qui guérit, pensant que, s'ils sont vraiment disciples de ce maître étonnant, ils pourront faire ce que le maître fait. Ce père de l'enfant prend les disciples pour les assistants d'un médecin renommé se disant si le chef de clinique peut faire cela, probablement que ses adjoints, ses assistants qui l'ont vu faire, pourront guérir aussi bien que lui. Et il se heurte à l'incapacité, à l'impuissance des disciples qui constatent eux-mêmes qu'ils ne peuvent pas faire ce que le Christ, leur maître, fait si souvent.
Puis vient tout le récit de la maladie, de la folie de ce jeune malade que saint Marc nous rapporte avec beaucoup de précisions médicales. On a l'impression d'assister à une consultation médicale. Jésus lui demande : "Depuis combien de temps, cela lui arrive-t-il ? Qu'est-ce qui se passe exactement ? Qu'est-ce qu'ils ont essayé de faire pour le guérir ?" toutes choses que demande un médecin aux parents qui lui amènent un enfant malade. Et Jésus va demander à cet homme de confesser sa foi, en accusant d'incrédulité l'ensemble de ceux qui L'écoutent. Et cet homme s'écrie aux pieds de Jésus : "Viens en aide à mon peu de foi !"
Je crois que cette phrase est la phrase centrale de cet évangile. C'est sûr que pour que Jésus accomplisse une guérison, pour qu'Il redonne la vie, pour qu'Il redonne la santé du corps, et à travers elle celle du cœur, celle de l'âme, il y a ce présupposé de la foi. La foi du malade lui-même si c'est un adulte, ou la foi des parents s'il s'agit d'un enfant. Mais cela nous explique aussi pourquoi les disciples de Jésus n'ont pas pu guérir, alors que, plus tard, ils guériront eux-mêmes, au nom de Jésus d'ailleurs, ceux qui se présenteront : les malades, les boiteux, les aveugles et tous ceux qui seront marqués par le mal. C'est pour cela que, de retour chez eux, les disciples déçus demandent à Jésus, dans le privé : "Pourquoi n'avons-nous pas pu l'expulser ?" alors que nous sommes tes disciples, alors que nous voyons comment Tu fais ? Ceci nous fait comprendre que chasser les démons, expulser le mal, exorciser, n'est pas pour les disciples, un exercice automatique. Il ne suffit pas de refaire extérieurement ce qu'a fait Jésus, ce qu'a fait le Maître. Il y a une dimension que probablement les disciples n'avaient pas encore acquise et qui est nécessaire : c'est justement celle de la foi. La foi des disciples est encore fragile, chancelante. Peut-être ont-ils fait un certain nombre de gestes, prononcé un certain nombre de paroles sur cet enfant mais sans la conviction profonde que c'est Jésus Lui-même qui devait agir à travers eux.
Jésus leur dit : "Ces démons ne se chassent que par la prière." Et la prière c'est justement cette relation personnelle, intime, où l'on reçoit de Dieu ce qu'il nous faut pour vivre, où l'on reçoit de Dieu la puissance même pour vivre notre foi, c'est-à-dire pour reconnaître le Christ comme vainqueur du mal, et pour faire en sorte que cette reconnaissance qui est en même temps une grâce qui vient de Lui, s'exerce en nous, s'exerce sur les autres, en chassant le mal, en dissipant les ténèbres, en guérissant toute maladie, toute langueur, spécialement celle de notre cœur et de notre âme.
C'est pour cela, d'ailleurs, que saint Pierre disait tout à l'heure dans son épître que "le Christ est la pierre sur laquelle nous nous appuyons. Si nous ne nous confions pas en elle, nous sommes confondus." Ces apôtres ne se sont pas confiés, dans la foi, en Jésus comme Fils de Dieu et ils n'ont pas pu guérir ce malade. Ils ont été confondus. Le mal les a confondus. Et cela, frères et sœurs, ce n'est pas uniquement vrai pour les apôtres. Je crois que c'est vrai pour chacun d'entre nous parce que nous aussi, nous avons à chasser le mal. Nous avons à nous exorciser dans notre vie. Nous le savons bien. Nous sommes chaque jour aux prises avec de multiples tentations et souvent nous disons que nous n'arrivons pas à repousser ces tentations, à nous éloigner du mal et nous y revenons toujours et nous avons l'impression, comme les apôtres, d'être tout à fait incapables et tout à fait impuissants devant le mal.
Or ce que Jésus nous dit, à travers cet évangile, c'est ce qu'il dit aux apôtres : pour chasser le mal, pour vous éloigner de la tentation, priez ! c'est-à-dire, appuyez-vous sur la présence même du Christ, sur ma présence comme sur une pierre qui vous rendra solides, qui vous rendra forts dans cet exercice difficile où, chaque jour, il nous faut rejeter ce mal qui nous tente, qui nous touche, qui nous frappe d'une manière ou d'une autre. Lorsque nous sommes ainsi agressés, tout seuls nous ne pouvons rien. C'est en nous appuyant sur cette présence de Jésus, en le priant dans la foi, en confessant la foi que nous serons vainqueurs. Que cette phrase de l'enfant épileptique que les disciples ont reprise pour eux, qu'ils ont rendu plus forte en guérissant au nom même de Jésus, que cette phrase : "Seigneur ! Viens à mon aide !" puisse nous guérir, nous aussi, par le nom même du Seigneur, par sa puissance, par sa présence, à chaque fois que nous sommes, d'une façon ou d'une autre, aux prises avec les puissances du mal.
AMEN