LES VOYANT S'ÉPUISER A RAMER

Gn 42, 29-34+36 et 43, 1-2+8 ; Mc 6, 45-56

(18 février 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

D

 

ans certains concours de notre société, il faut avec attention, découvrir dans un dessin ou dans un texte, des anomalies. Si vous avez été attentifs à cet évangile, vous avez dû remarquer qu'il y a une anomalie. Il y a quelque chose qui n'est pas normal et cela c'est perceptible dès la première lecture. C'est inscrit dans ces versets : "Jésus est seul sur la montagne pour prier". Donc, en principe, il ne se préoccupe pas de ce qui se passe autour de Lui. Il est entièrement dans la présence de son Père des cieux. "Le soir est venu". Il fait donc nuit et "la barque est au milieu de la mer." Et ceux qui connaissent la mer de Tibériade savent qu'elle est suffisamment grande pour que le milieu de la mer et le sommet de la montagne où se trouve Jésus soient éloignés l'un de l'autre. Et c'est en même temps "la quatrième veille de la nuit", c'est-à-dire c'est le point du jour, c'est le moment où l'on voit encore très peu de choses. En plus, l'eau rend la première clarté assez pâle et assez floue.

"Or Jésus les voyant ramer et s'épuiser à ramer." Donc, il fait nuit, le jour n'est pas encore levé, Jésus est au sommet de la montagne, ils sont au milieu de la mer. Malgré la distance et malgré le manque de lumière, Jésus les voit s'épuiser à ramer. C'est, de fait, une anomalie, car probablement ni la géographie, ni l'heure ne permettent à quelqu'un qui se trouve sur la montagne de l'autre côté du lac, de voir quelque pêcheur pendant la nuit, en train de s'épuiser à ramer.

Frères et sœurs, le Christ veut nous dire par ces quelques mots qu'Il n'est jamais absent ni de nos efforts, ni de notre nuit, et que sa prière, ce n'est rien d'autre que sa contemplation tournée vers le Père du salut des hommes qu'Il est venu accomplir. Et quand Jésus prie, c'est pour que s'accomplisse par Lui la volonté du Père, c'est pour que les hommes qui s'épuisent dans le péché, dans la nuit, puissent être sauvés. Et être sauvés comment ? Par sa présence. Et Jésus, à ce moment-là, s'avance vers eux et même les dépasse. Car Jésus ne fait pas que nous sauver au moment où nous en avons besoin. Il vient nous dépasser pour nous montrer la route. C'est Lui qui trace sur les eaux un chemin pour que nous puissions, même si nous perdons sa trace au niveau de notre intelligence ou de notre sensibilité, que nous puissions quand même le suivre, là où Il va.

Et vous avez remarqué, à la fin de l'évangile, qu'Il est monté dans la barque et qu'à ce moment-là les vents sont tombés et le calme revint. Ceci accomplissant d'une certaine manière ce que le livre de la Sagesse dit par les versets du chapitre quatorzième que voici : "Lors des origines, tandis que périssaient les géants orgueilleux, cela fait allusion au déluge, l'espoir de l'univers se réfugia sur un frêle esquif, et conduit par ta main, laissa au monde le germe d'une génération nouvelle." Ce frêle esquif qui est le germe d'une génération nouvelle et le refuge de tous ceux qui marchent sur les eaux, c'est la croix du Christ. Il est monté sur sa croix. Par sa résurrection, Il a dépassé les disciples et Il leur montre, désormais, le chemin où nous pouvons trouver toute paix et toute consolation, c'est-à-dire sa présence. Je suis sûr que les uns ou les autres, nous avons pu faire cette expérience profonde, malgré l'absence du Christ, malgré son absence visible, malgré notre nuit, malgré nos efforts, malgré parfois notre échec, nous savons parce que nous entrons dans sa prière, que, par sa prière Il est présent et qu'en nous sa résurrection et sa Pâque s'accomplissent.

 

AMEN