TOUCHER LE MANTEAU DU CHRIST
Gn 40, 1-5+9-15 ; Mc 5, 21-43
(10 février 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN
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et évangile est rempli de multiples enseignements. D'abord, c'est sur la maladie que germe la guérison et c'est dans la mort que germe la vie. Ceci nous est révélé par l'état de santé de cette femme et par la mort de cette fillette. Toutes les deux vont trouver, à l'intérieur même des circonstances qui les frappent, l'une la guérison qu'elle espère, l'autre la résurrection qu'elle n'attend pas mais qui est espérée et désirée vivement par son père et par ses proches. Mais cette guérison et cette vie qui germent dans la souffrance et dans la mort, pour grandir et s'épanouir, doivent être situées dans le terrain de la foi.
Cette foi, nous savons qu'elle vient de Dieu et Jésus le dit explicitement au père de la fillette : "Ne crains pas ! Aie seulement la foi !" alors qu'on vient de lui annoncer que sa petite fille est morte et que ce n'est vraiment pas la peine de déranger Dieu pour la mort de quelqu'un. Cette foi vient donc de Dieu. C'est Lui qui nous la demande et c'est Lui qui nous la donne. Et Il nous la donne par les événements mêmes que sa grâce produit en nous lorsque nous avons confiance en Lui et que nous allons au-delà de notre propre pensée ou de ce que pensent les autres.
Cette foi qui vient de Dieu, c'est aussi celle qui monte de notre cœur. Une foi qui n'est peut-être pas encore toute purifiée d'un certain nombre de pensées ou de pratiques que nous pourrions juger rapidement magiques, comme cette femme qui est en train de calculer, malgré sa peur, malgré sa crainte, si elle pouvait au moins toucher le manteau de Jésus sans qu'Il s'en aperçoive, signe d'une certaine compréhension magique de la personne de Jésus qui doit pouvoir faire quelque chose pour elle, en dehors de sa propre liberté, en dehors de sa propre parole, de sa propre conscience. Mais c'est quand même ce geste, qui demandera à être purifié, c'est ce geste qui pousse cette femme à se frayer un chemin dans la foule, malgré son mal, et à aller toucher par-derrière le manteau de Jésus.
Mais tout contact avec la personne du Christ, même s'il vient de notre part, d'un désir qui n'est pas purifié, tout contact avec la personne du Christ est purifiant. C'est pour cela que cette femme, d'abord se trouve bien, se trouve guérie par le manteau même de Jésus, par un vêtement, alors que tous les soins de tous les médecins n'avaient servi à rien d'autre qu'à dépenser son argent. Mais cette femme qui est guérie dans son corps est aussi appelée, par Jésus Lui-même, à guérir sa foi encore un petit peu païenne. Elle arrive toute tremblante et lorsqu'elle voit qu'elle est découverte, que Jésus l'a vue, que Jésus sait que c'est vers elle qu'a été sa guérison, il lui dit : "Ta foi t'a sauvée. Va en paix et sois guérie de tons infirmité", c'est-à-dire : "Trouve dans ta foi, la vérité de Celui qui doit être l'objet de ta foi, c'est-à-dire Moi-Même. A ce moment-là, tu connaîtras la paix. A ce moment-là, tout ton cœur sera éclairé par ma propre personne et c'est cela la véritable guérison. Tu n'es pas simplement infirme dans ton corps, tu l'es aussi dans ton désir et dans ton sentiment vis-à-vis de Dieu." Et le Christ guérit cette femme dans son corps pour que cette femme sache qu'elle aussi guérie dans sa foi un peu fragile et qui demandait à être elle aussi purifiée.
Mais cette foi que nous avons à vivre chaque jour, à recevoir de Dieu, puis à laisser grandir en nous, c'est une foi qui est celle de l'Église, car vous avez remarqué que, dans les deux cas, les disciples de Jésus sont présents. Les disciples de Jésus c'est déjà l'Église naissante et cela est spécialement vrai dans le deuxième cas où Jésus prend explicitement avec Lui trois de ses apôtres, Pierre, Jacques et Jean. Et c'est devant eux et avec eux qu'Il va prier et qu'Il va appeler à la vie cette petite fille endormie dans la mort.
Ainsi ces deux miracles de Jésus nous rappellent incessamment que notre foi vient de Dieu, qu'elle doit être purifiée par Dieu et qu'elle est purifiée par Dieu par ce qu'Il fait pour nous. Or ce qu'Il fait pour nous ce n'est rien de moins que ce qu'Il a fait, ce jour-là, pour cette femme et pour cette petite fille. C'est qu'il nous guérit de notre péché, et qu'à l'intérieur de cette guérison doit grandir notre foi. C'est qu'Il nous ressuscite de toutes nos morts et que ces actes qu'Il accomplit en nous doivent nous faire grandir dans la foi. Ainsi nous allons, comme le dit saint Paul, de la foi à la foi, d'une foi imparfaite, d'une foi hésitante, d'une foi qui n'ose pas peut-être demander à Dieu ce qu'Il peut nous donner : "Ta fille est morte, ne dérange plus le Maître". Nous avons parfois une foi trop abstraite qui va jusqu'à la désespérance ou jusqu'au fait de ne plus rien attendre, parce que, à regard humain, il n'y a plus rien à faire.
Que ces deux miracles de Jésus nous rappellent que notre foi doit toujours être purifiée, doit toujours être ressuscitée, doit toujours grandir en nous, dans la foi de l'Église, dans la foi des apôtres. Car le Christ ne cesse pas, chaque fois que nous recevons un sacrement, de nous toucher. Il ne cesse pas de se laisser toucher par nous, comme cette femme hémorroïsse. Il ne cesse pas de nous toucher de la main comme cette fillette pour nous rendre à la vie, pour nous rendre à sa vie. Que cette eucharistie dans laquelle nous allons, nous aussi, non pas toucher le vêtement du Christ, mais prendre sa chair dans notre propre chair, que cette eucharistie dans laquelle Il va toucher notre chair pour la ressusciter, pour la purifier, la guérir et la faire grandir, que cette eucharistie ravive en nous cette efficacité de la présence du Christ lorsqu'on ose s'approcher de Lui et lorsqu'on accepte qu'Il s'approche de nous malgré nos maladies et toutes nos morts.
AMEN