TRANSFIGURATION, ŒUVRE DU POTIER
Si 36, 1-5+10-17 ; Mc 9, 2-13
(7 juin 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Potier à Hébron
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ix jours après qu'Il eût annoncé pour la première fois sa Passion." Quand l'évangéliste saint Marc nous donne cette précision, il ne s'agit pas simplement d'une sorte de chronologie historique détaillée, ce n'est pas le premier souci de l'évangéliste, mais ce calcul des jours fait référence au cycle même du salut. Le monde a été créé en six jours et le sixième jour est celui au cours duquel Dieu a façonné l'homme du limon de la terre. Et maintenant nous entrons dans le mystère de la Résurrection.
Depuis un certain temps, Jésus a annoncé à ses disciples qu'Il devait mourir, souffrir, être livré aux mains des pécheurs, et voici que maintenant, à partir de la Transfiguration, on entre dans le sixième jour, c'est-à-dire ce jour dans lequel le Christ, par sa mort et sa Résurrection, va façonner, modeler, transformer le pécheur en ami de Dieu. Et, comme tout bon artisan, comme tout bon potier lorsqu'il veut façonner l'argile il laisse, dans son cœur, dans son esprit, se façonner, s'illuminer la forme du vase qu'il veut créer. Ainsi en est-il de la Transfiguration. Le Christ est à la fois l'argile et le potier. Il est à la fois l'argile car Il a pris chair de notre terre, et Il est le potier car Il est le Verbe de Dieu venu pour nous transfigurer et pour nous transformer.
Et dans ce mystère de la Transfiguration, Il veut faire resplendir à la fois toute la sagesse de l'artisan de l'univers, "car c'est par Lui que tout a été fait", et en même temps, la beauté resplendissante qu'Il sait donner à l'argile en la façonnant de sa lumière et des reflets qui jouent sur les flancs d'un vase. Ainsi en est-il de la Transfiguration. C'est ce moment d'illumination où le Christ, le potier, veut manifester à ses disciples ce qu'Il veut pour l'humanité. Il la veut transfigurée, resplendissante. Il la veut belle et lumineuse de l'éclat même de Dieu. Et depuis ce jour-là, nous sommes dans ce sixième jour, car, depuis ce jour-là, le Christ ne cesse de se pencher sur nous dans le mystère même de sa Transfiguration. Il ne cesse d'évoquer en notre cœur ce mystère profond de la beauté à laquelle nous sommes destinés éternellement. Depuis ce jour-là, il ne cesse de travailler au plus intime de notre cœur pour nous transfigurer. Et nous, pendant ce temps-là, que faisons-nous ? Nous sommes un peu comme Pierre, accablés de sommeil, ou comme les autres disciples, effrayes. Et nous disons un peu n'importe quoi. Mais cela n'empêche que cette lente œuvre de transfiguration, cette lente œuvre de Résurrection s'accomplisse jour après jour, dans notre cœur, dans notre vie, à travers les réalités les plus simples. Chaque fois que nous recevons le corps du Christ, c'est comme si le potier venait façonner cette argile de pécheur que nous sommes et venait par la puissance de son génie créateur, lui imprimer une marque, une sorte d'allure que nous ne soupçonnions pas, que nous n'avions jamais laissé encore briller ou entrevoir au fond de nous-mêmes ou dans le cœur des autres. Ainsi, chaque jour, Dieu nous façonne, Dieu nous transfigure.
Laissons-le, comme le potier, dans le silence, et même si à certains moments, nous avons l'impression comme pour le potier que le tour revient toujours au même point, si nous avons l'impression que ce mouvement circulaire n'en finit pas, en réalité ce n'est simplement qu'une illusion. Car ce qui compte, ce n'est pas le mouvement du tour qui tourne sur lui-même, c'est la sagesse de la main du potier, le seul qui sache transfigurer la terre.
AMEN