PUISSANCE DE LA PRIÈRE
Jc 3, 1-10 ; Mc 11, 11-25
(16 février 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Figues avortées
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V |
oilà une page d'évangile qui est assez difficile et qui nous pose un certain nombre de problèmes. D'abord, nous y voyons entremêlés deux événements distincts. D'une part Jésus et ses rapports avec le Temple. Nous voyons Jésus entrer dans le temple de Jérusalem pour en sortir aussitôt, puis un peu plus loin, Jésus revient au temple pour en chasser les vendeurs qui occupaient ce temple indignement. Mêlé à ce récit, il y a cet épisode du figuier qui ne porte pas de fruit et que Jésus maudit. Et le soir, au retour, la malédiction de Jésus s'est accomplie. Enfin le passage se termine par plusieurs paroles de Jésus sur la prière et sur l'efficacité d'une prière faite avec foi.
D'autre part, nouvelle difficulté, cette attitude de Jésus à l'égard du figuier qui ne porte pas de fruit, nous semble, au premier abord, être d'une grande injustice puisqu'il nous est précisé que ce n'était pas la saison des figues. Jésus paraît donc injuste de reprocher à ce figuier de ne pas avoir de fruits. A vrai dire, cet épisode de Jésus et du figuier stérile est en quelque sorte une parabole en action. Il est d'ailleurs que ce même épisode est rapporté par saint Luc, non pas comme un évènement vécu par Jésus, mais comme une parabole que Jésus raconte, ce qui nous invite bien à voir dans cette action du Christ un sens caché. Vous savez que, dans les paraboles, Jésus se plaît souvent à piquer notre curiosité par un détail qui nous choque. Dans la parabole de l'intendant infidèle, celui-ci est loué alors qu'il a été malhonnête. Dans la parabole des ouvriers de la onzième heure, le maître paraît injuste car il donne le même salaire à ceux qui ont peu travaillé et à ceux qui ont passé toute la journée sous le poids du soleil et de la chaleur.
Par ces pointes qui piquent notre curiosité, Jésus veut effectivement nous éveiller à un sens plus profond et c'est bien ce qui se passe ici à propos de ce figuier. A vrai dire, il ne s'agit pas d'un mouvement de mauvaise humeur de la part de Jésus, mais, comme Il nous l'explique ensuite, d'une manifestation de la puissance de la Parole de Dieu quand elle est prononcée avec foi. Quand Pierre se ressouvenant des paroles de Jésus constate que le figuier est desséché jusqu'aux racines, il dit : "Regarde, le figuier que Tu as maudit est desséché". Jésus répond : "Ayez foi en Dieu". Et c'est à ce moment-là que s'enchaînent les paroles de Jésus sur l'efficacité de la prière. Si nous disons avec suffisamment de foi à une montagne de se jeter dans la mer, elle le fera. C'est donc un enseignement sur la puissance, la force de la prière, la force de la foi que Jésus veut nous donner à travers cette parabole en action. Rien n'est impossible à la Parole de Dieu. Rien n'est impossible à la foi.
Et, vous le remarquerez, quand Jésus chasse les vendeurs du Temple, c'est dans le même contexte, au nom de la pureté de la prière et de la foi que Jésus le fait. S'Il chasse ces hommes qui faisaient du commerce dans le Temple, à cause des sacrifices pour lesquels il fallait bien offrir ce bétail, ces colombes qu'ils vendaient là, si Jésus chasse tous ces vendeurs, c'est au nom de cette parole de la Bible : "Ma maison sera appelée une maison de prière". La prière vient au cœur de tout ce passage. Efficacité de la prière, d'une part. Pureté de la prière d'autre part.
Nous ne donnons pas assez place à la prière dans notre vie. Si notre vie est stérile, c'est parce qu'elle n'est pas assez remplie par cette prière de la foi. Elle est comme ce Temple de Jérusalem, encombrée de toutes sortes de choses diverses, de choses qui ne sont pas forcément répréhensibles, peut-être même utiles ou nécessaires, mais ces choses occupent un espace qui devrait être réservé à la seule prière, à la seule foi. Si notre vie était véritablement dégagée, dépouillée, si nous en écartions tout ce qui l'encombre, qui nous préoccupe, peut-être légitimement mais de façon excessive, exagérée, qui use petit à petit notre énergie spirituelle, qui use en nous la puissance de la foi, qui obscurcit la présence de Dieu, si donc nous dégagions notre vie de toutes ces choses secondaires pour lui donner la pureté d'une vie de foi, d'une vie fondée sur la prière, sur la présence de Dieu, alors cette prière serait efficace, elle aurait la puissance de la parole de Jésus et elle pourrait comme le dit Jésus symboliquement "transporter les montagnes". Car il est manifeste dans toute la vie de l'Église, dans toute la vie des saints, dans toute la vie des martyrs que la foi peut, en dépit des apparences, transformer le monde.
Les chrétiens du début de l'Église n'était qu'une poignée, quelques hommes faibles, fragiles, qui plus est persécutés, traqués. Pourtant, c'est eux qui ont été vainqueurs de l'empire romain, de leurs persécuteurs et de la religion païenne. Le christianisme s'est, par leur foi, répandu à travers le monde entier. Aujourd'hui encore il y a des chrétiens persécutés, emprisonnés, réduits au silence, quasiment anéantis, mais s'ils croient vraiment à la force de la prière, ils seront eux aussi vainqueurs, et nous devons le croire de toutes nos forces et les soutenir par cette foi, par cette affirmation sans limite de notre foi en la parole de Dieu. Sur la prière, un dernier mot enfin qui nous est apporté par ce texte. Quand Jésus se justifie d'avoir chassé les vendeurs du Temple : "Ma maison sera appelée une maison de prière", Il ajoute selon le texte de Marc, "une maison de prière pour toutes les nations."
La prière n'est pas un acte solitaire, elle ne doit pas se cantonner dans le silence de notre cœur. C'est la prière pour toutes les nations. Toutes les nations du monde sont appelées à cette prière et à cette contemplation de Dieu, à cette foi capable de transporter les montagnes. Nous devons, dès maintenant prier au nom de toutes les nations du monde, prier au nom de tous ceux qui, autour de nous, ne prient pas ou ne savent pas prier, ne croient pas assez pour prier, pour que ce soit véritablement leur prière et pas simplement la nôtre. Il faut que cette prière soit grande, soit puissante, qu'elle soit forte, qu'elle soit à haute voix. Que cette prière, petit à petit, puisse gagner de proche en proche, tous les cœurs et que tous les hommes puissent découvrir cette vérité et cette force de la foi et de la prière. Il y a un lien inséparable entre la prière qui habite notre cœur, la foi qui anime notre vie et cette urgence, cette nécessité que tous les hommes soient atteints par la foi, connaissent le Seigneur et puissent le prier. C'est indissociablement que nous approchons de Dieu et que nous nous sentons renvoyés à tous nos frères les hommes pour leur dire que Dieu les aime comme Il nous aime, que Dieu les habite comme Il habite notre cœur, que Dieu est tout-puissant dans leur vie comme Il est tout-puissant dans la nôtre, à condition que nous soyons capables de manifester cette puissance de Dieu dans notre vie. Pour cela il faut que nous donnions tout à la prière.
Que cet enseignement du Christ remplisse nos cœurs et nous donne courage, vitalité, dynamisme dans la foi.
AMEN