RENDEZ À CÉSAR

Tb 11, 5-15 ; Mc 12, 13-17

(23 juin 1981)

Homélie du Frère Michel MORIN

C

 

'est donc par la flatterie que les chefs, que les pharisiens et les Hérodiens vont essayer de prendre Jésus au piège qu'ils vont lui tendre. Ils le reconnaissent comme étant un homme d'autorité, zélé, honnête, qui a une parole franche, quelqu'un qui n'est pas opportuniste, qui ne tient pas compte de ce que les autres pensent sur lui ou sur les évènements. Le piège est le suivant : arriver à opposer Jésus soit aux chefs juifs, soit au peuple d'Israël. Et c'est par le biais de l'impôt que les pharisiens vont lui tendre ce piège. L'impôt existait dans le monde juif depuis Pompée et il existera durant toute la domination romaine. Payer l'impôt à César, c'est reconnaître son autorité, c'est un signe d'obédience, d'obéissance, de soumission et de reconnaissance. C'est aussi un signe par lequel on montre que l'on renonce à l'indépendance nationale. C'est pour cela, d'ailleurs, que Judas le Galiléen et le mouvement des zélotes refusera toujours de payer cet impôt, refusera même de toucher un denier puisqu'il porte l'effigie de l'empereur.

Si Jésus dit qu'il faut payer l'impôt, il se met, à ce moment-là contre Lui tout le peuple qui justement attendait cette indépendance nationale, attendait d'être délivré de l'occupant. S'il dit qu'il ne faut pas payer l'impôt, à ce moment-là, il se met à dos les autorités et il se fera arrêter et exécuter comme un zélote qu'il ne fut pas d'ailleurs comme Judas le galiléen. D'une façon ou d`'une autre, il faut que Jésus soit mis en opposition avec les chefs ou le peuple. D'une façon extrêmement naturelle, le Christ va renverser cette proposition, et de ce piège, il va faire une parabole. Il n'est pas question de savoir s'il faut être pour Dieu et contre César, ou pour César et contre Dieu. Il n'est pas question de savoir s'il faut être pour Dieu et contre les hommes ou contre les hommes pour Dieu. C'est un faux dilemme. "De qui est l'effigie ? - De César". Et bien, que ce qui est à César lui revienne normalement et de façon tout à fait légitime. Ce qui est à la terre, ce qui est au monde doit lui revenir et nous devons le lui rendre. Nous appartenons au monde, nous appartenons à la terre, et nous avons le devoir de vivre selon les lois de ce monde et de cette terre, si cependant, elles ne s'opposent pas à notre conscience. Donc, "rendez à César ce qui lui revient". Payez l'impôt.

Mais, "rendez à Dieu ce qui est à Dieu". Et c'est là que le Christ passe à un tout autre niveau qu'une histoire d'indépendance ou d'autorité politique ou financière. C'est la phrase la plus importante, qui nous rappelle que notre fidélité première essentielle et définitive, à travers nos devoirs terrestres, humains, c'est celle que nous devons à Dieu notre Père et à Lui seul. Il ne faut donc pas faire de la terre et de tout ce qu'elle contient, même ce qu'il y a de meilleur, un dieu ou une idole. Il ne faut pas faire, non plus, de Dieu un empereur auquel nous sommes financièrement soumis.

Que cette eucharistie nous rappelle que, tout au long de notre vie quotidienne, dans nos différents engagements, dans nos différentes options, Dieu est Dieu, et Il reste notre Dieu le premier qui doit être servi, le premier auquel nous devons fidélité. Et si nous devons utiliser ce que le monde nous donne, c'est en laissant ces choses dans leur ordre et en n'en faisant jamais une idole.

 

AMEN