PROXIMITÉ DE LA SAGESSE

Gn 1, 1-19 ; Mc 6, 1-6

(9 février 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Tendresse infinie de Dieu

L

es deux textes que nous venons d'entendre se répondent l'un à l'autre. En effet, dans la tradition juive, la Sagesse ne désigne pas je ne sais quelle manière extrêmement agréable, mesurée et intellectuelle de conduire sa vie. La Sagesse, c'est la puissance de Dieu en tant qu'elle ordonne, en tant qu'elle agence toutes choses, en tant qu'elle est source de toute bonté. C'est pourquoi le texte de la création, que nous venons de lire, est éminemment une traduction, une transcription de ce qu'était la Sagesse pour le peuple d'Israël. C'est cette bienveillance, cette sollicitude de Dieu, c'est cette tendresse de Dieu qui s'intéresse aux infimes détails de sa création, qui guide tout par sa main, par son intelligence, par sa douceur et par sa pédagogie. La sagesse de Dieu est création, elle est providence, elle est tendresse, elle est bienveillance, elle est amour.

Et ce qui est intéressant dans la réflexion des gens de Nazareth, c'est précisément qu'à travers l'œuvre qu'accomplit le Christ, ils sentent bien la présence de la Sagesse. Mais quelle est cette Sagesse ? Lorsqu'ils voient le Christ opérer des signes et des prodiges dans les villages alentour, immédiatement ils pensent à cette puissance de Dieu, cette sagesse créatrice de Dieu qui se manifeste à travers cet homme. Seulement, et c'est là la pierre d'achoppement, c'est que, à leurs yeux, il n'est pas possible que la sagesse se manifeste dans quelqu'un dont on sait, apparemment, qui il est : le fils du charpentier, et qui est du même pays qu'eux. Ils ne sont pas capables d'imaginer que la sagesse de Dieu veut réaliser une telle intimité, une telle proximité avec eux. Ils n'arrivent pas à croire que la sagesse de Dieu s'est faite infiniment proche d'eux, dans cette petite ville de Nazareth, dans cet homme qui a exercé un métier parmi eux et qui est le fils de Joseph le charpentier et qui est considéré comme l'un des leurs.

C'est cela le drame de l'Incarnation. C'est dans la mesure où pour nous aussi, nous n'arrivons pas à accepter au fond de notre cœur que Dieu, la Sagesse éternelle de Dieu, a réalisé cette intimité absolue avec notre humanité, que le rêve de Dieu c'est d'habiter au cœur de ses créatures, au cœur de chacun d'entre nous, d'y réaliser cette intimité extraordinaire de la rencontre de son amour et de notre pauvreté.

Chaque fois que nous recevons l'eucharistie, c'est la Sagesse personnifiée que nous recevons, c'est la bienveillance créatrice, c'est l'amour sauveur de Dieu que nous recevons entre nos mains et dans notre cœur. Que cela ne suscite pas en nous cette espèce de doute des habitants de Nazareth, doute si fort qu'il empêche Jésus de manifester la plénitude de sa puissance, de sa sagesse au milieu d'eux, mais qu'au contraire cela réveille en nous cette admiration extraordinaire pour cette intimité que Dieu veut réaliser avec l'homme.

 

AMEN